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ÉLÉMENTS DE STATISTIQUE 




ÉLÉMENTS 



DE 



STATISTIQUE 



(Résumé du Cours fait à la Faculté de Droit de Paris) 

(1 904-1 905) 



PROFESSEUR DE STATISTIQUE A ^UNIVERSITÉ DE PARIS 
ANCIEN PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ DE STATISTIQUE DE PARIS 



LIBRAIRIE 
DE LA SOCIÉTÉ DU RECUEIL J.-B. SIREY ET DU JOURNAL DU PALAIS 

Ancienne Maison L. LAROSE & FORGEL 
22, Rue Soufflot, PARIS, 5 e Art*. 

L. LAROSE & L. TENIN, Directeurs 



PAR 



Fernand FAURE 




1906 



> 



PRÉFACE 



Nous nous proposons de publier intégrale- 
ment le cours de Statistique que nous professons 
à la Faculté de Droit de Paris. En attendant, 
nous donnons ce petit livre qui en est le résumé 
très condensé 

Il répond à une demande qui nous a été sou- 
vent adressée. 

Il doit, tel est du moins notre désir, rendre 
quelques services à tous ceux qui ont besoin de 
notions sommaires sur la Statistique, sur son 
histoire, son objet, sa nature, son rôle, sur son 
organisation actuelle dans notre pays ; à ceux 
qui, futurs fonctionnaires, seront peut-être 

(') Une partie de ce travail a été publiée dans la 5 e édit. du 
Dictionnaire d'administration française, de Maurice Block et 
Maguéro, 1905. Mot Statistique. 



PRÉFACE 



appelés, un jour, à collaborer à la confection 
de telle ou telle de nos Statistiques officielles; 
à ceux, autrement nombreux, hommes d'étude 
ou hommes d'affaires, simples particuliers ou 
hommes publics, qui peuvent avoir l'occasion 
d'user des données de la Statistique et qui 
seront d'autant mieux à même d'en tirer profit, 
qu'ils auront essayé de réfléchir et de s'éclairer 
sur les conditions de leur emploi. 

Bien que leur production semble s'être nota- 
blement ralentie depuis une quinzaine d'années, 
et que les plus récents soient déjà un peu 
anciens, les ouvrages généraux sur la Statisti- 
que ne manquent pas en France. 

Mais ils ont les défauts de leurs qualités. Ils 
sont très savants et très complets, mais très 
techniques aussi et d'un format un peu lourd. 
Ils s'adressent plutôt à des maîtres qu'à des 
étudiants, à ceux qui savent plutôt qu'à ceux 
qui ont encore tout à apprendre. 

C'est à ces derniers que nous destinons ce 
volume au format léger, dans l'espoir qu'ils 
trouveront à y acquérir, sans trop de peine, 



PRÉFACE 



VII 



une connaisance de la Statistique qu'ils ne juge- 
ront point sans utilité. 

Puisse-t-il contribuer, pour sa modeste part, 
à faire passer dans la réalité la formule singu- 
lièrement optimiste et hardie qu'employait, tout 
récemment, un de nos maîtres et de nos con- 
frères les plus justement estimés, M. de Foville, 
en disant, à propos de la Statistique, en France, 
aujourd'hui : « Qui veut la bien apprendre le 
peut » ( l ) ! 

(*) V. une remarquable étude sur « la Statistique, les statis- 
ticiens et leur Institut international », Revue politique et parle- 
mentaire, 10 novembre 1905, p. 239. — V. aussi sur la regret- 
table insuffisance de l'enseignement de la Statistique en France, 
infra, p. 21 et 73. 

Non seulement la formule de notre éminent ami est bien 
loin d'être réalisée, puisque l'enseignement de la Statistique 
est donné seulement à la Faculté de droit de Paris et qu'il fait 
complètement défaut dans toutes les autres Universités de 
France, mais, fût-elle réalisée, que cette formule serait encore 
tout à fait insuffisante. Pourquoi offrir uniquement à ceux qui 
le veulent, le moyen d'apprendre la Statistique? C'est h ceux 
qui en ont besoin que ce moyen doit être donné. Ainsi fait-on 
pour tous les enseignements jugés nécessaires. Réserve-t-on, 
dans nos Facultés de droit, l'enseignement de l'Economie poli- 
tique à ceux-là seuls qui veulent apprendre celle science ? On 
le déclare obligatoire, on l'impose à tout le monde et on a tout 
à fait raison. La connaissance de la Statistique serait-elle moins 
utile que celle de l'Economie politique ? C'est plutôt le contraire 
qui est vrai. Il serait facile de le démontrer. 



VIII 



PRÉFACE 



Nous nous tiendrions pour satisfait, en atten- 
dant que nos pouvoirs publics se décident à 
donner à l'enseignement de la Statistique, dans 
les programmes de nos Universités françaises, 
la place à laquelle il a droit, à tant de titres, 
et qu'il occupe, depuis longtemps, dans les 
programmes des Universités de presque tous 
les pays civilisés. 



Fernand FAURE. 



ÉLÉMENTS 

DE STATISTIQUE 



CHAPITRE PREMIER 

HISTOIRE DE LA STATISTIQUE ET DES DOCTRINES 
SUR LA STATISTIQUE 

La Statistique et les doctrines dont elle peut 
être l'objet sont deux choses tout à fait distinc- 
tes. Comment se fait-il qu'elles aient été, jus- 
qu'ici, confondues par l'immense majorité de 
ceux qui ont écrit sur l'histoire de la Statisti- 
que? Cela tient sans doute à ce que les diffé- 
rences qui les séparent ont été. masquées par les 
liens étroits qui les unissent. 

Il est aussi utile de distinguer l'histoire de 
la Statistique de celle des doctrines sur la Sta- 
tistique, qu'il peut l'être, et tout le monde est 



2 



CHAPITRE PREMIER 



d'accord sur ce point aujourd'hui, de distin- 
guer L'histoire des faits de l'histoire des doctri- 
nes économiques. 

A. Histoire de la Statistique. 

1. Tandis que le mot Statistique (*) paraît 
avoir été employé pour la première fois, dans 
la première moitié du xvm e siècle ( 2 ), par deux 
ou trois savants allemands, notamment par Sch- 
meitzel, professeur à l'Université d'Iéna, et par 
Achenwall, professeur à l'Université de Gottin- 
gue, la chose remonte à la plus haute antiquité. 

Nous savons que les Chinois l'ont pratiquée, 
il y a plus de quarante siècles. Elle fut, de 

( ! ) On a disserté à perle de vue sur l'étymologie du mot 
statistique. L'explication la moins improbable nous paraît avoir 
été donnée par Schlôzer, le successeur d'Achenwall à l'Univer- 
sité de Gôltingue. Le mot Statislic aurait été tiré de Status, 
Etat, dont il serait l'adjectif, comme rusticus est l'adjectif de 
rus ou politica celui de polis (V. Introduction à la Science de 
la Statistique, trad. F. Donnant, 1805, p. 33, 

( s ) Ce mot fut couramment adopté en Allemagne, son pays 
d'origine, dès le milieu du xvm e siècle. En Angleterre et en 
France, il le fut seulement dans les dernières années du xvm e 
et dans les premières années du xix e , entre 1790 et 1805. Vau- 
ban et l'abbé de Saint-Pierre, Necker et Lavoisier se servaient 
des mots plus clairs recensement, revue, dénombrement. 



HISTOIRE DE LA STATISTIQUE 



3 



bonne heure, chez les Grecs et chez les Romains, 
la condition même du fonctionnement de leurs 
institutions politiques. Les Romains, en parti- 
culier, ces maîtres incomparables dans Fart de 
l'administration et du gouvernement, ont tou- 
jours été, sous la République comme sous l'Em- 
pire, d'admirables statisticiens. Il est probable 
que la statistique a été, chez eux, beaucoup plus 
développée qu'elle ne le fut, en Europe, pendant 
tout le Moyen- Age et jusqu'à la fin du xvm e siè- 
cle ('). 

2. Cependant, même après que le choc des 
barbares eut brisé tous les puissants rouages de 
l'administration impériale et rendu impossibles 
les grands dénombrements périodiques, la sta- 
tistique ne disparait pas tout à fait. Sa nécessité 
s'impose à l'administration simplifiée et gros- 
sière de la société féodale. Les registres connus 
sous le nom de Polyptique, d'un si fréquent 

( 1 ) C'est le plus haut magistrat de la République qui fut, à 
Rome, le grand maître de la Statistique. Ou trouvera les détails 
les plus complets et les plus curieux sur l'organisation de la 
Statistique romaine dans l'étude consacrée à la Censure par 
Mommscn, Droit public romain (trad. Paul Girard), t. IV, 
p. 1-160. 



4 



CHAPITRE PREMIER 



usage à partir de la fin du vm° siècle, sont des 
documents de statistique d'un très grand intérêt. 

3. C'est peut-être dans les temps modernes, 
c'est du XV e à la fin du xviii 0 siècle, que la sta- 
tistique est restée, en France du moins, dans le 
plus misérable état. Même à l'époque où la 
monarchie exerçait, sur toute la surface du 
royaume, un pouvoir incontesté, elle ne parvint 
jamais à se donner l'instrument nécessaire d'une 
bonne administration, à savoir la statistique bien 
faite des éléments principaux de la vie natio- 
nale. Elle ne connaissait pas la surface du pays 
et le chiffre de ses habitants lui échappait en- 
tièrement, faute de recensements généraux de 
la population et en l'absence de registres bien 
tenus des naissances et des décès (*). Sa gestion 
financière était pleine de défauts. Mais le plus 

(*) On sait qu'un recensement par feux fut exécuté dans toute 
la France de 1304 à 1328, Le nombre présumé des habitants par 
feux élait de 4 1/2 ou 5 (V. Levasseur, La population française, 
t. I, p. 152 et s.). Mais ce recensement, aux résultais si con- 
testables, est le seul qui ait été fait jusqu'en 1801. On ne peut pas 
donner ce nom aux relevés des intendants pour les années 1698, 
1699 et 1700. Tous les chiffres assignés à la population française, 
entre le xiv e et le xix e siècle, sont le produit d'évaluations tou- 
jours incertaines et de conjectures plus ou moins arbitraires. 



HISTOIRE DE LA STATISTIQUE 



grave de tous peut-être était l'absence à peu 
près complète de tout ce qui aurait constitué 
une statistique de nature à fournir soit aux con- 
tribuables, soit aux Chambres des comptes, soit 
au roi lui-même et à ses ministres, des indica- 
tions exactes sur les charges et les ressources 
de l'Etat. La statistique financière, si nécessaire 
pourtant et relativement si facile, était aussi 
insuffisante que la statistique des industries ou 
que celle de la population. 

4. De grands ministres, tels que Sully ('), 
Colbert ( 2 ), Louvois au xvn e siècle, Turgot et 
Necker ( 3 ) au xvm e , désireux de tenter quelques 

(') Sully avait créé un Cabinet complet de politique et de 
finance qui devait être, dans la mesure possible à l'époque, un 
véritable bureau de statistique. 

( 2 ) Le premier, en 1670, Colbert essaya de faire dresser et 
publier, d'après les registres imposés aux curés des paroisses 
par l'ordonnance de Villers-Cotteret (1539), un relevé des nais- 
sances, mariages et décès pour la ville de Paris. A ce relevé, 
imprimé et publié tous les mois, devaient être ajoutés quelques 
renseignements sur les maladies régnantes, sur le nombre des 
personnes admises dans les bôpitaux, sur le prix et le poids des 
principaux objets de consommation. On peut dire que le grand 
service de statistique municipale que Paris possède aujourd'hui 
a ses origines dans la création de Colbert. 

( 3 ) On trouve dans le tome III de Y Administration des finan- 



6 



CHAPITRE PREMIER 



réformes indispensables, essayèrent plus d'une 
lois de s'éclairer par des enquêtes sérieuses et 
par de véritables dénombrements. Leurs efforts 
restèrent à peu près vains. Ils n'aboutirent 
jamais qu'à des résultats limités, fragmentaires 
et insuffisants. Les célèbres mémoires des inten- 
dants (1697-1700) ne sont pas, à vrai dire, des 
documents de statistique. Ce sont de simples 
descriptions ou monographies administratives, 
sans précision et sans uniformité, appuyées sur 
des chiffres dont presque aucun n'était fourni 
par un véritable dénombrement. 

5. C'est aux grandes assemblées de la Révo- 
lution que revient l'honneur d'avoir compris la 
nécessité de la statistique et d'avoir sérieuse- 
ment essayé de réaliser les vues profondes de 
Vauban et de l'abbé de Saint-Pierre, celles de 
Necker, de Lavoisier et de Lagrange. C'est à 
elles que nous devons les recensements géné- 
raux et périodiques de la population, l'établis- 

ces de la France (1784) (ch. XXVIII, p. 355-362), un passage 
fort intéressant dans lequel Necker expose un véritable pro- 
gramme de statistique en réclamant la création d'un « bureau 
général de recherches et de renseignements ». 



HISTOIRE DE LA STATISTIQUE 



7 



sèment des registres de l'état civil, et les pre- 
mières tentatives d'évaluation sérieuse du re- 
venu agricole de la France. Comment en eût-il 
été autrement ? Aucune des réformes votées ou 
préparées par elles touchant notre organisation 
financière, administrative, judiciaire, ne pou- 
vait s'opérer ni même se concevoir sans le se- 
cours de la statistique. La création du premier 
bureau de statistique (') qui ait existé en France 
remonte à 1795, et fut l'œuvre de François de 
Neufchâteau, alors ministre de l'intérieur. 

6. Renforcé en 1801 par Chaptal, ce bureau 
fut chargé de diriger l'opération du recense- 
ment général de la population ( 2 ) et il reçut la 

(') Il convient toutefois de citer le « bureau des subsistances » 
remontant à une ordonnance du 4 janvier 1716, avec la double 
mission de s'occuper des approvisionnements du roi et de dres- 
ser les états des prix des denrées. Ce bureau, dont le rôle fut 
très important sous la Révolution et sous le régime de l'échelle 
mobile, était, dans la mesure très limitée de son objet spécial, 
un véritable bureau de statistique. 

( 2 ) Le premier recensement général de la population avait 
été ordonné et imposé aux corps municipaux par la loi du 
22 juillet 1791. Mais cette loi resta sans effet, de môme que les 
décrets postérieurs du 20 août 1793 et du 2 octobre 1795. C'est 
seulement en 1801 que cette vaste et difficile opération put 
s'accomplir pour la première fois, sous la direction des minis- 



8 



CHAPITRE PREMIER 



mission de dresser, sur un plan très détaillé 
préparé par Pèuchet,la statistique de la France 
par département. Il publiait, des 1803, le pre- 
mier volume de la Statistique générale de la 
France et des colonies ( 1 ). 

Napoléon ne pouvait manquer de comprendre 
à merveille la grande utilité administrative de 
la statistique. On connaît son propos à Beugnot : 
(( La statistique est le budget des choses, et sans 
budget point de salut ». Mais si son génie orga- 
nisateur le portait à la développer pour son 
usage personne], son tempérament autoritaire 
lui faisait craindre que les chiffres ne devins- 
sent trop aisément « séditieux » en fournissant 
à ses adversaires des instruments de contrôle et 
de critique. C'est pourquoi, durant tout son 
règne, elle jouit d'une faveur assez médiocre au- 
près des pouvoirs publics et ne fît aucun progrès. 

tères de la Justice et de l'Intérieur. Elle fut renouvelée dans de 
mauvaises conditions, en 1806, en 1821 et en 1826. C'est seule- 
ment à partir de 1831 qu'elle devint périodique et quinquennale. 

(*) Ce travail, qui semblait devoir être une édition nouvelle 
des Mémoires des intendants, fut fait pour 53 départements 
seulement et interrompu en 1815. Il a été publié par Herbin 
sous le titre de Statistique générale et particulière de la 
France. 



HISTOIRE DE LA STATISTIQUE 



9 



7. Il en fut autrement sous la Restauration 
et sous la monarchie de Juillet. La statistique 
doit beaucoup à ces deux Gouvernements. De 
1818 date la statistique du recrutement au mi- 
nistère de la guerre. Au ministère des finances, 
en 1819, le bureau chargé de la statistique du 
commerce extérieur fut solidement organisé. 
L'année 1825 vit créer, au ministère de la justice, 
le bureau de la statistique judiciaire. En 1833, fut 
institué, au ministère du commerce, le bureau de 
la statistique générale, à l'exemple de celui qui 
avait été créé au Board of tirade de Londres en 
1832. Ce bureau tient une grande place dans 
l'histoire de la statistique en France (*). De 1835 
à 1891, il n'a cessé de fonctionner de la façon 
la plus active et de produire de très intéres- 
sants documents, sans toutefois mériter absolu- 
ment son titre de bureau de la statistique 
générale. En 1891, il a été fondu dans l'Office 
du travail et celui-ci, à son tour, est devenu la 
Direction du travail en 1899. Cette direction est 
aujourd'hui le service de statistique le plus 
important de France. Nous en parlerons plus 
loin. En 1810 et 1846, on avait créé au ministère 

( l ) Son premier chef fui Moreau de Jonnès. 



Il) 



CHAPITRE PREMIER 



des travaux publics le bureau de statistique des 
mines et celui des chemins de fer 

8. Nous terminerons ce bref aperçu histori- 
que en mentionnant : la création, en 1876, au 
ministère de l'instruction publique, d'une com- 
mission de statistique de l'enseignement ; la 
création ,en 1877, du bureau de statistique et de 
législation comparée, au ministère des finances; 
la création, en 1878, de Y Annuaire statis- 
tique de la France ;la création, par le décret 
du 19 février 1885, du conseil supérieur de sta- 
tistique ; enfin la réorganisation de la statisti- 
que agricole par le décret du 27 août 1902. 
Nous reviendrons sur quelques-unes de ces ins- 
titutions en faisant connaître l'organisation ac- 
tuelle de la statistique dans notre pays. 

(') Quant aux recensements généraux de la population, ils 
furent négligés par le Gouvernement de la Restauration. Ainsi, 
en 1816, on se contenta des chiffres fournis par le médiocre 
recensement de 1806 complétés par les données de Tétat civil 
pour les années suivantes, c'est-à-dire par l'excédant des nais- 
sances sur les décès. On fit encore de même en 1826. C'est à 
partir de 1831 seulement, que les recensements généraux furent 
exécutés tous les cinq ans. C'est en 1831 et en 1836 qu'ils furent 
établis, pour la première fois, sur des états nominatifs, par mé- 
nage, avec indication de l'âge et de la profession des individus. 



HISTOIRE DES DOCTRINES SUR LÀ STATISTIQUE 



il 



B. Histoire des Doctrines sur la Statistique. 

9. Pour que des doctrines sur la Statistique 
apparaissent, il ne suffît pas que des législateurs 
ou des ministres clairvoyants aient jugé bon 
d'instituer, dans un pays ou dans une cité, la 
pratique des dénombrements. Il faut que l'on 
ait commencé à réfléchir et à exprimer une 
opinion plus ou moins motivée sur l'utilité des 
dénombrements, sur la meilleure façon d'en 
retirer les services qu'ils peuvent rendre, sur la 
méthode suivant laquelle il convient de les 
opérer, sur la nature et la valeur des données 
qu'ils fournissent. Or, cette condition n'a guère 
été remplie qu'à partir de la fin du xvn e siècle 
et surtout de la première moitié du xvm e ( l ). 

10. C'est à quelques professeurs de Science 
politique des Universités allemandes, à de Sec- 
kendorff et à Conring qui enseignaient à Halle 

( x ) Il est juste de mentionner cependant le beau chapitre sur 
la Censure, à Rome, dans lequel Jean Bodin, bien avant la fin 
du xvi e siècle, a démontré avec beaucoup de force et d'ingénio- 
sité la nécessité d'éclairer l'action gouvernementale par dos dé- 
nombrements détaillés et assez fréquents portant à la fois sur 
les biens et sur les personnes. V. Les six livres de la Républi- 
que, ôdit. de 1577, liv. VI, ch. I, p. 878-888. 



12 



CHAPITRE PREMIER 



et à Helmstaedt, de 1650 à 1670, àStruve, à Sch- 
meitzelel àAchenwall qui enseignaient à Iéna et 
à Gôttingue de 1708 à 1750, que Ton attribue 
communément l'honneur d'avoir formulé les 
premiers linéaments d'une doctrine sur la Sta- 
tistique, en cherchant à utiliser d'une façon 
consciente quelques-unes de ses données et en 
exprimant des appréciations réfléchies sur les 
^services qu'elle peut rendre dans le gouver- 
nement des Etats. A côté d'eux, on cite volon- 
tiers toute une pléiade d'écrivains anglais : 
J. Graunt W. Petty, King, Davenant et l'as- 
tronome llalley, dont les travaux furent publiés 
dans la période comprise entre 1662 et 1693. 

Tandis que les premiers réduisaient l'emploi 
des chiffres à la simple description des divers 
éléments constitutifs de l'état politique d'un 
pays, ce qui a fait quelquefois donner à leur 
école le nom d'Ecole descriptive, les seconds 
s'attachaient, de préférence, à l'étude de faits 

( [ ) Le livre du capitaine John Graunt, publié en 1665 (nous 
avons sous les yeux la 5 e édition, much enlarged, de 1676), 
sous le titre de Natural and political observations upon the 
bills of movtality, serait, au dire de certains, l'œuvre de 
William Petty lui-même auquel J. Graunt, son collègue à la 
Société royale, aurait simplement prêté son nom. 



HISTOIRE DES DOCTRINES SUR LA STATISTIQUE 13 



beaucoup plus limités, à l'étude des faits démo- 
graphiques et, spécialement, à celle des nais- 
sances et des décès. C'est à l'un d'eux, le vérita- 
ble chef de l'Ecole, à William Petty, à la fois 
statisticien, économiste et sociologue, qu'est due 
l'invention du mot Arithmétique politique, vo- 
cable assurément plus expressif que le mot 
Statistique, mieux fait pour désigner l'observa- 
tion numérique des phénomènes sociaux. 

1 1 . Sans songer à diminuer le mérite de qui 
que ce soit, nous voudrions essayer de réparer 
une omission trop souvent commise à l'égard 
de quelques écrivains français dont le nom ne 
saurait, sans injustice, être passé sous silence 
dans une histoire même sommaire de la statis- 
que. Nous voulons parler non seulement de 
Bodin, qui est de beaucoup antérieur aux sa- 
vants allemands et anglais que nous venons 
de nommer, mais encore et surtout de Fénelon, 
de Vauban, de l'abbé de Saint-Pierre qui sont 
leurs contemporains (*). 

( 1 ) Ces trois noms, ainsi que celui de Jean Bodin, sont géné- 
ralement omis, comme par une sorte de tradition singulière et 
bien injustifiée, par la plupart des savants français qui ont écrit, 
de nos jours, sur l'histoire de la statistique. 



( f 



CHAPITRE PREMIER 



C'est dans les Aventures de Télémaque ( l ), par 
la bouche de Mentor s'adressant à Idoménée, 
roi de Salente, et aussi dans ses admirables 
Directions pour la conscience d'un roi ( 2 ), que 
Fénelon a exprimé tout l'intérêt qu'oflrait pour 
lui le dénombrement des hommes et des riches- 
ses, dans un pays bien gouverné. C'est dans la 
Dîme royale que Vauban, après avoir démontré 
la nécessité d'appuyer toute l'action du gou- 
vernement sur des dénombrements complets et 
fréquents, a exposé, dans le plus grand détail, 
la méthode selon laquelle ces dénombrements 
devraient être opérés. « De tous ceux à qui le 
dénombrement des peuples peut être utile, dit- 
il ( 3 ), il n'y en a point à qui il le soit davan- 
tage qu'au roi même, puisque... son premier et 
principal intérêt est celui de la conservation de 
ses peuples et de leur accroissement et que le 

(*) V. liv. XII. 
( 2 ) Art. 1, § 9. 

( 3 j La Dîme royale, petite édition Guillaumin, ch. X, p. 175- 
189. « C'était un statisticien merveilleux pour son époque, dit 
Léon Say, en parlant de Vauban, car les renseignements étaient 
alors difficiles à recueillir. Un très grand nombre des données 
statistiques de Vauban peuvent résister à la critique qu'on a pu 
en faire de nos jours ». Voy. Les solutions démocratiques de 
la question des impôts, I, p. 81. 



HISTOIRE DES DOCTRINES SUR LA STATISTIQUE io 



moyen d'empêcher leur dépérissement est de 
les connaître et d'en savoir le nombre... de 
savoir comme ils se conduisent, les nouveautés 
qui s'introduisent parmi eux; ce qui fait leur 
pauvreté et leur richesse, de quoi ils subsistent 
et font commerce, les sciences, arts et métiers 
qu'on professe parmi eux et ceux qui leur 
manquent. Tout cela ne se peut savoir que par 
des revues souvent répétées... du moins tous 
les ans une fois ». Pourquoi faut-il que les 
observations si justes de cet esprit si clair- 
voyant et si généreux soient restées sans effet 
et que la monarchie française ait toujours pré- 
féré aux clartés de la statistique l'obscurité et 
le mystère qui caractérisèrent jusqu'au bout 
son administration trop souvent arbitraire et 
incohérente ! 

12. Comme Vauban, comme Fénelon et Bo- 
din, l'abbé de Saint-Pierre a vu dans les 
dénombrements l'instrument nécessaire d'une 
bonne administration de la chose publique. 

Mais il est allé plus loin qu'eux. Il y a vu 
également une méthode d'observation des faits 
sociaux, méthode pouvant et devant servir à 



16 



CHAPITRE PREMIER 



l'élaboration de ce qu'il appelait la Science 
politique. « Nous avons grand intérêt, dit-il, 
à inoir dans cette science un grand nombre de 
démonstrations. Or nous ne pouvons les avoir 
solides qu'en réduisant toutes les preuves à la 
simple arithmétique fondée sur les dénombre- 
ments » ('). 

Quant à l'organisation des dénombrements, 
il a émis un certain nombre d'idées qui suffi- 
raient à prouver quelle erreur profonde com- 
mettent ceux qui ne voient en lui qu'un pur 
utopiste. Comme Vauban, il réclamait des 
recensements annuels; mais il se contentait 
sagement de publications quinquennales et il 
laissait aux divers ministères le soin d'y procé- 
der. 11 se bornait à réclamer l'intervention de 
son Académie politique, « pour diriger et obte- 
nir des différents bureaux des divers ministères » 
les dénombrements indispensables, prévoyant 
ainsi et préparant peut-être la mesure qui a été 
prise, dans tous les pays civilisés, au cours du 
xix e siècle, quand on y a institué, à côté des 

(*) V. le Mémoire sur Y Utilité des dénombrements, dans les 
œuvres complètes, édition de Rotterdam et Paris, 1733, IV, 
p. 235-246. 



HISTOIRE DES DOCTRINES SUR LA STATISTIQUE 17 



services publics chargés d'opérer les dénom- 
brements, des organes consultatifs et centrali- 
sateurs, tels que Commissions centrales et Con- 
seils supérieurs de statistique. 

13. Le grand mouvement d'idées du xvm e siè- 
cle ne pouvait manquer d'être favorable aux 
partisans des dénombrements. Parmi les phi- 
losophes, parmi les financiers, les économistes, 
parmi les savants surtout c'était à qui ferait 
le plus fréquent usage des chiffres, des calculs, 
comme on disait alors. Tout le monde s'accor- 
dait à y voir un élément supérieur d'information 
et de raisonnement. Ainsi s'expliquent le grand 
nombre et le grand succès des ouvrages de 
statistique publiés, à cette époque, par des 
érudits plus ou moins qualifiés, habiles à rem- 
placer par leurs évaluations personnelles les 

( 1 ) On peut ciler, entre autres, Kerseboom, Deparcieux, 
Fauteur, en France, de la première table de mortalité (1746), 
Wargentin, Buiïon, Gondorcet, Lavoisier, Lagrange. C'est 
grâce à ces savants, continuant l'œuvre commencée par Huy- 
ghens, de Witt, Halley, les Bernoulli, que furent définitivement 
étendues aux phénomènes sociaux, les applications si impor- 
tantes du Calcul des probabilités dont Pascal et Fermât avaient 
fait comme une branche distincte des mathématiques. 



1S 



CHAPITRE PREMIER 



Chiffres que ne leur fournissait pas la Statistique 
dfficielle non encore organisée. Nous retrou- 
vons cependant les doctrines sur la Statistique 
de Vauban et de l'abbé de Saint-Pierre, à la fin 
du xvin e siècle, sans modification appréciable, 
sous la plume de l'abbé Expilly, de Necker et 
de Lavoisier. Comme Vauban, Necker ne voit 
guère dans la statistique qu'un moyen d'éclai- 
rer l'administration d'un pays. Comme l'abbé 
de Saint- Pierre, Lavoisier y voit un mode d'in- 
formation aussi nécessaire à la science qu'à 
l'administration. « Qu'il me soit permis d'ob- 
server, dit-il, que le genre de combinaisons et 
de calculs dont j'ai cherché à donner ici quel- 
ques exemples, est la base de toute l'Economie 
politique » (*). Et telle était aussi l'opinion de 
Rœderer, qui avait obtenu, en 1791, la remise 
du travail de Lavoisier au Comité des Contri- 
butions publiques de la Constituante et qui en 
avait fait voter l'impression ( 2 ). 

( 1 ) V. dans la collection des principaux économistes de Guil- 
laumin, XIV, p. 581 et s. le célèbre opuscule de Lavoisier, 
Résultais extraits d'un ouvrage intitulé : De la richesse terri- 
toriale du royaume de France, ouvrage dont la rédaction n'est 
point encore achevée... 

( 2 ) V. même collection, XIV, p. 581. 



HISTOIRE DES DOCTRINES SUR LA STATISTIQUE 



19 



14. C'est par une élaboration doctrinale très 
abondante et très spécialisée en même temps 
qu'ont été amenés et préparés tous les progrès 
que la plupart des pays civilisés ont réalisés 
dans l'organisation de la Statistique, depuis le 
début du xix e siècle. L'Allemagne, l'Angleterre, 
la France, la Belgique, l'Italie ont pris une part 
considérable à cette élaboration. Dans chacun 
de ces pays, ce sont des bibliothèques entières 
que rempliraient tous les livres publiés durant 
la première moitié du xix e siècle et consacrés 
soit à l'utilisation théorique des données de la 
Statistique, soit à l'exposé de doctrines sur la 
Statistique en général, ou sur telle ou telle de 
ses branches en particulier. Nous n'essaierons 
point d'en faire rénumération. Même réduite 
aux principaux, elle dépasserait encore de beau- 
coup le cadre resserré dans lequel nous vou- 
lons nous enfermer ici ('). 

(') V. la nomenclature assez complète et qu'il serait très sou- 
haitable de voir mise à jour, publiée par Legoyt, en 1883, dans 
le Dictionnaire encyclopédique des Sciences Médicales, mot 
Statistique, p. 60L-G09. Nous ne pouvons cependant nous dis- 
penser de citer les noms de quelques-uns des hommes disparus 
aujourd'hui qui ont, durant les trois premiers quarts du 
xix e siècle, apporté de précieuses contributions à l'élaboration 



20 



CHAPITRE PREMIER 



Ce n'est pas seulement par de nombreux 
écrits que s'est manifesté, durant tout le xix e 
siècle, le développement des théories Statisti- 
ques et l'importance croissante qu'elles pren- 
nent au regard de l'opinion. C'est aussi par la 
création, dans quelques pays, notamment en 
France et en Angleterre ('), de Sociétés de 
Statistique dont les membres se comptent par 
centaines et qui sont d'utiles foyers de discus- 
sions et d'études désintéressées; c'est, depuis 
1833, par des Congrès internationaux réunis- 
sant, tantôt dans un pays tantôt dan§ un autre, 
les statisticiens les plus compétents et les plus 

de doctrines sur la Statistique comme à l'utilisation scientifique 
de ses données; ce sont, en France, Laplace, Joseph Fourier, 
Poisson, et surtout Cournot; en Angleterre, J. Herschel et 
Buckle; en Belgique, Quételet. 

(*) La Royal Stalistic'al Society de Londres date de 1835. 
C'est une noble et puissante association qui a rendu de grands 
services à la Statistique. La Société de Statistique de Pai'is 
date de 1860. Mais celle-ci ne se rattache nullement à la pre- 
mière, quoi qu'en ait dit à tort, tout récemment, au Congrès 
tenu à Londres en juillet août 1905, un membre français de 
l'Institut international de Statistique, par un lien de filiation. 
Elle descend en ligne directe d'une Société de Statistique 
fondée à Paris vers 1799 et de la Société de Statistique Univer- 
selle organisée, à Paris également, par César Moreau, en 1829 
et qui fut si prospère de 1829 à 1848. 



HISTOIRE DES DOCTRINES SUR LA STATISTIQUE 21 



actifs du monde entier; c'est par la fondation, 
en 1885, d'un Institut international de Statisti- 
que, qui compte aujourd'hui (décembre 1905) 
environ 180 membres titulaires et qui soumet 
à une investigation méthodique, dans les ses- 
sions qu'il tient tous les deux ans, les problèmes 
relatifs soit à l'organisation de la Statistique, 
soit à l'utilisation de ses données; c'est enfin 
par la création, dans le haut enseignement 
d'un grand nombre d'Universités, dans presque 
tous les pays civilisés, de Chaires ou de Cours 
de Statistique ('). 

15. Nous nous bornerons à dire quelques 
mots de l'objet des doctrines sur la Statistique 
formulées au cours du xix° siècle. 

Cet objet a naturellement un peu varié, sui- 
vant les périodes. 

(') Sur ce point, nous avons le regret d'être obligé de signaler 
la sensible infériorité de la France, quand on la compare à la 
plupart des autres pays. Si nous voulions être au niveau d*e 
l'Allemagne, de l'Italie, de l'Autriche, de la Belgique, des Etats- 
Unis, nous devrions avoir, non pas une seule chaire de Statisti- 
que, à la Facullé de droit de Paris, mais une au moins dans 
chacune de nos Universités et renseignement de la Statistique 
devrait y être pourvu de la sanction d'un examen. 



CHAPITRE PREMIER 



Après s'être tout d'abord presque exclusive- 
ment occupés d'en démontrer l'utilité gouver- 
nementale, les théoriciens de la Statistique se 
sont de plus en plus attachés à caractériser 
son rôle et à mesurer son utilité en tant que 
mode d'observation mis au service des diverses 
sciences dont la matière se prête au dénombre- 
ment. Ils n'ont jamais cessé d'étudier et l'orga- 
nisation des services publics chargés d'établir 
la Statistique et les méthodes qui doivent pré- 
sider à son établissement et les procédés à 
l'aide desquels on peut le mieux exprimer et 
utiliser les résultats des dénombrements. Leurs 
études sur ces divers sujets et même leurs con- 
troverses parfois très vives ont été certainement 
fécondes. Nous n'en dirons pas autant de celles, 
heureusement un peu abandonnées aujourd'hui, 
qui ont porté sur le mot statistique, sur la notion 
de la chose qu'il sert à désigner, sur la ques- 
tion de savoir si la Statistique mérite ou non le 
titre de Science ou celui de Méthode. Elles ont 
absorbé, en pure perte, beaucoup de temps et 
beaucoup d'efforts dont il eût été facile de faire 
un meilleur emploi. 

En ce qui concerne l'utilisation de la Siatis- 



HISTOIRE DES DOCTRINES SUR LA STATISTIQUE 23 

tique, il convient de noter tout spécialement le 
rôle très important que les mathématiciens ont 
joué à toutes les époques. Habitués à manier 
les nombres, ils ne pouvaient manquer de s'in- 
téresser à un mode d'observation qui mesure 
tout par des nombres. Ce sont des mathémati- 
ciens qui, depuis Pascal et Fermât jusqu'à Pois- 
son, Herschel, Cournot et Quételet en passant 
par Halley, Deparcieux, Laplace, Joseph Fou- 
rier, ont formulé les règles fondamentales de 
l'application du calcul des probabilités aux 
données de la Statistique et qui ont notamment 
constitué la théorie des grands nombres. Ce 
sont aussi des mathématiciens qui ont été les 
auteurs de presque toutes les tables de morta- 
lité publiées en Europe, depuis le milieu du 
xvii 6 siècle jusqu'à nos jours, ces tables dont la 
formation est, suivant le mot de Cournot (Expo- 
sition de la théorie des chances et des probabi- 
lités), « le travail le plus difficile et comme le 
chef d'œuvre de la Statistique ». 



CHAPITRE II 



DÉFINITION ET OBJET DE LA STATISTIQUE 

16. On a donné de très nombreuses défini- 
tions de la statistique. Leur é numération com- 
plète serait trop longue et dénuée d'intérêt ( l ).< 
Il suffit d'indiquer les trois conceptions diffé- 
rentes auxquelles toutes peuvent se ramener. 

Suivant les uns, la statistique serait une 
« science » ; la science même des faits auxquels 
elle s'applique ( 2 ), ce qui paraît tout à fait 
excessif et inadmissible; ou simplement la 
science des dénombrements et de l'emploi de 

( 1 ) Voy. à ce sujet, Maurice Block, Traité théorique et pra- 
tique de statistique, p. 85 et s. ; Gabaglio, Teoria générale délia 
slalhtica, 2« édit., II, p. 1, 13 et p. 31, 47. 

( 2 ) Moreau de Jonnès, Eléments de sla/isiique, 2 rt édit., p. 1. 
Telle est aussi la doctrine des premiers théoriciens de la statis- 
tique en Allemagne et de Ja plupart des nombreux et savants 
professeurs de statistique qui ont écrit sur la matière, en Italie. 
Voy. entre autres, Virgilii, Statistica, Milan, 1891, p. 5, 19. 



DÉFINITION ET OBJET DE LA STATISTIQUE 



25 



leurs données ('), ce qui est tout à fait différent 
et ce qui serait, à la rigueur, acceptable. 

Suivant les autres ( 2 ), elle serait une « mé- 
thode ». 

Suivant d'autres ( 3 ), enfin, elle serait simple- 
ment une des formes, une des modalités de la 
méthode d'observation. Sans attacher plus d'in- 
térêt qu'il ne convient à une question qui est, 
en réalité, de pure forme et dont la solution, 
par suite, est arbitraire et conventionnelle, 
nous dirons que cette troisième conception 
nous paraît de beaucoup préférable. On ne sau- 

( 1 ) V. Léon Say, Discours sur la statistique internationale, 
Journal de la Société de statistique de Paris, novembre 1885. 
Telle est aussi, quoi qu'en pense M. Liesse (V. La statistique, 
ses difficultés, ses procédés, ses résultats, 1905, p. 6), très pro- 
bablement la conception de Quételet et, sans nul doute, celle de 
Gournot. V. au sujet de ce dernier, l'ouvrage si important pour 
tous ceux qui s'intéressent à la théorie de la statistique : Exposi- 
tion de la théorie des chances et de la probabilité, 1843, et 
Bev. de métaphysique et de morale, mai 1905, p. 395 et s. 

( 2 ) Maurice Block, loc. cit., et Tarde, Lois de V imitation, 
2e édit, p. 115. 

( 3 ) Presque tous les économistes et statisticiens anglais. Voy. 
également Levasseur, La population française, I (Introduction 
sur la statistique), p. 7; Liesse, loc. cit., p. 4; de Foville, La 
statistique et les statisticiens, Bev. politique et parlementaire, 
10 nov. 1905, p. 225. 



26 



CHAPITRE II 



rail, sans s'exposer à de fâcheuses confusions, 
voir dans la statistique autre chose que la cons- 
la talion des faits par le moyen des dénombre- 
ments, c'est-à-dire des chiffres. Constatation à 
forme variable, plus ou moins complexe et 
comportant, suivant les cas, suivant le but à 
atteindre, une mise en œuvre ingénieuse, une 
élaboration technique tellement difficile, qu'on 
a pu songer à lui donner le nom de Science. 
La vérité sur ce point a peut-être été dite par 
J. Herschel, dans le passage suivant : « Que la 
statistique soit un art ou une science, ou un art 
scientifique, dit le savant astronome anglais, 
nous nous en inquiétons peu, en ce qui nous 
concerne. Définissons-la comme nous pouvons, 
elle est la base de la dynamique sociale et poli- 
tique et présente le seul terrain solide sur 
lequel la vérité ou la fausseté des théories ou 
des hypothèses de cette science compliquée 
peut être mise à Fessai » (*). 

Sans chiffres, sans nombres, il peut y avoir 
une description plus ou moins précise, plus ou 

(') V. son étude sur la Théorie des probabilités et son appli- 
cation aux sciences physiques et sociales dans le tome I er de la 
Physique sociale de Quélelet (édit. de 1869), p. 1-89. 



DÉFINITION ET OBJET DE LA STATISTIQUE 27 



moins utile, il n'y aura pas de statistique ( 4 ). 

Aussi bien proposerons-nous la définition 
suivante : La statistique est le dénombrement 
méthodique des faits, des individus ou des cho- 
ses qui peuvent être comptés et la coordination 
des chiffres obtenus. 

Disons tout de suite que, par coordination, 
nous entendons : le rapprochement, la compa- 
raison, la combinaison, V agencement des chif- 
fres sous la forme de tableaux ou de graphi- 
ques, de manière à en faciliter l'utilisation en 
vue soit des fins pratiques, soit des fins scienti- 
fiques auxquelles ils peuvent servir. 

17. Que les qualités essentielles de tout 
dénombrement doivent être l'exactitude, la sin- 
cérité, la clarté, c'est ce qui est trop évident 
pour qu'il soit utile d'y insister. 

( l ) Littré (Voy. Dictionnaire de la langue française, au mot 
Stalistique) a eu le lorl de confondre la statistique avec une 
description quelconque, sans insister sur la nécessité des chif- 
fres. Nous adresserons le môme reproche à ceux qui confondent 
la statistique et la monographie. La monographie est un mode 
de description qui peut, à la rigueur, se passer de chiffres ou 
ne leur donner qu'un rôle secondaire. Elle est donc tout à fait 
distincte de la statistique. 



2S 



CHAPITRE II 



Quand nous disons qu'un dénombrement doit 
être méthodique, cela signifie qu'il doit être 
opéré selon certaines règles et qu'il doit rem- 
plir certaines conditions. 

Ces règles et conditions peuvent se ramener 
à deux : 

1° 11 faut que les faits, individus ou objets 
comptés soient non point absolument identiques 
les uns aux autres, mais de même nature ou 
similaires (*). L'homogénéité des faits, individus 
ou objets dénombrés est indispensable pour 
que les chiffres aient un sens ; 

2° Il faut qu'un dénombrement soit limité 
quant au temps et quant à Y espace. — A) La limi- 
tation quant au temps peut être obtenue soit 
par le choix d'une date, soit par celui d'une 
période. Une date convient et suffit presque 
toujours, quand il s'agit de dénombrer des 
individus ou des choses. Une période est néces- 
saire quand il s'agit de dénombrer des faits, 
tels que mariages ou naissances, crimes ou acci- 
dents, production ou consommation. Quelle en 
devra être la durée? Il est impossible de le dire 



( 1 ) V. Tarde, Lois de Vimilalion, 2 e édtfc., p. 112. 



DÉFINITION ET OBJET DE LA STATISTIQUE 29 



a priori. Le plus sage est de déclarer qu'elle 
ne doit être ni trop courte ni trop longue et 
qu'elle peut varier beaucoup suivant les cir- 
constances, suivant la nature des faits et le but 
poursuivi. — B) La limitation quant à Y espace sera 
obtenue par le choix d'une unité de surface. 
Cette unité sera tantôt une mesure telle que le 
mètre carré, l'hectare, le kilomètre carré, tan- 
tôt une division administrative ou politique dont 
la surface exacte peut d'ailleurs être aisément 
déterminée. Comme l'unité de temps, elle devra 
et pourra varier beaucoup, suivant les cas. 

18. Tout ce qui peut se compter, sous les 
conditions d'homogénéité, d'espace et de temps, 
que nous venons d'indiquer, peut servir d'objet 
à la statistique ( ! ). 

a Les chiffres qui n'énumèrent pas des faits 
sociaux ou politiques ne sont pas statistiques » 
dit Moreau de Jonnès. Et M. Levasseur adhère 
expressément à cette opinion quand il explique 
sa définition de la statistique : la statistique est 
l'étude numérique des faits sociaux. C'est là 

( 1 ) N'a-l-on pas entrepris, tout récemment, une slalislique de 
l'histoire naturelle? (V. à ce sujet, la Revue générale des 



30 



CHAPITRE II 



restreindre arbitrairement et sans raison suffi- 
sante, à nos yeux, le domaine de la statistique, 
Ce domaine est beaucoup plus étendu que celui 
des faits sociaux. En réalité, tout ce qui peut 
se compter est' ou peut être objet de statistique. 
Tout ce qui peut se compter, disons-nous, c'est- 
à-dire tous les êtres vivants et toutes les choses 
inanimées aussi bien que les faits ou les phé- 
nomènes. Par phénomène on doit entendre, 
au sens étymologique du mot, tout ce qui appa- 
raît, toute manifestation de l'existence ou de 
l'activité des choses et des êtres. Tous les phé- 
nomènes du inonde, sans exception, les phéno- 
mènes physiques ou chimiques, les phénomènes 
physiologiques ou biologiques comme les phé- 
mènes sociologiques peuvent être dénombrés. 
Ils peuvent donc servir d'objet à la statistique. 
Comment en douter, si l'on songe aux remar- 
quables applications de la statistique à la météo- 
rologie et à l'astronomie? Toutes les objec- 
tions que Claude Bernard (*) a dirigées contre 

sciences du 15 septembre et du 30 novembre 1903. On trouve 
même dans ce dernier numéro, p. 1129, un essai de statistique 
des mollusques). 
(') Introduction à la Médecine expérimentale, p. 235 et sq. 



DÉFINITION ET OBJET DE LA STATISTIQUE 



31 



la statistique physiologique ou biologique ten- 
dent uniquement à prouver que la statistique 
est inutile ou trompeuse, dans le domaine de 
la physiologie ou de la biologie, et non point 
qu'elle est impossible. 

19. Il est évident toutefois — et cela s'expli- 
que par des raisons qu'il serait trop long d'ex- 
poser ici — que l'objet de la statistique est, 
jusqu'à présent du moins, avant tout, un objet 
social. C'est comme mode d'observation des 
phénomènes sociaux que la statistique se pré- 
sente surtout à notre esprit et qu'elle s'offre à 
notre étude. 

Reste à savoir s'il est possible et s'il est utile 
de l'appliquer à tous les phénomènes sociaux 
sans distinction. 

Est-ce possible? Oui, pensons-nous, et, à peu 
près, sans exception. M. Levasseur (*) estime 
cependant qu'on ne peut pas dresser la statis- 
tique de tous les faits, notamment celle « des 
bonnes et des mauvaises actions, parce que la 
société ne saurait en tenir registre ». Ce qui est 



(*) La population française, I, introduction, p. 8. 



32 



CHAPITRE II 



impossible ici, nous semble-t-il, ce n'est pas 
la statistique, c'est la détermination et la qua- 
lification des actes. Que cette détermination 
soit faite et la statistique devient possible. Est- 
ce que l'Institut ne dresse pas, chaque année, 
en vue de les récompenser, une statistique au 
moins partielle des actes de dévouement et de 
courage, c'est-à-dire des bonnes actions? Puis- 
qu'on fait la statistique du crime, pourquoi ne 
ferait-on pas celle de la vertu? Parce que, 
dira-t-on, les crimes sont comptés grâce à la 
répression pénale dont ils sont l'objet, tandis 
qu'aucune loi ne prescrit le relevé des actes 
vertueux. En est-on bien sûr? N'avons-nous pas 
le moyen de compter de nombreuses bonnes 
actions, en relevant toutes les libéralités aux 
établissements de bienfaisance, en relevant les 
dépôts opérés dans les Caisses d'épargne, les 
versements faits dans les Caisses d'assurance 
ou les Sociétés de secours mutuel? 

L'expérience démontre, d'ailleurs, que la sta- 
tistique de certains faits devient relativement 
facile à un moment donné, après avoir été jugée 
longtemps impossible. Ainsi en est-il de la 
statistique de la population que personne n'eût 



DÉFINITION ET OBJET DE LA STATISTIQUE 



33 



osé entreprendre sous le règne de Louis XVI, 
qui fut jugée possible en 1791 et qui fut opérée 
dix ans après. Ceux qui se permettent de récla- 
mer aujourd'hui, en France, le recensement 
périodique des capitaux et des revenus des 
particuliers, s'exposent à être traités de « grands 
inquisiteurs » ('). Or, ce recensement est dressé 
depuis longtemps, en Allemagne, dans un inté- 
rêt fiscal et, aux Etats-Unis, dans un intérêt pu- 
rement statistique. Et il est tellement désirable, 
au point de vue purement statistique bien en- 
tendu, qu'il finira bien par être fait aussi dans 
notre pays. Nous en dirons autant de la statis- 
tique des faits religieux ou des faits philologi- 
ques ou linguistiques qui, pour n'être pas faite 
aujourd'hui, n'est certainement pas impossible. 

Quant à l'utilité des dénombrements, elle est 
loin d'être la même pour toutes les catégories 
de faits sociaux. Très grande et incontestable 
pour quelques-unes, elle est très faible et très 
douteuse pour d'autres. Tel fait semble aujour- 
d'hui indifférent. Il est parfaitement inutile de 

( 1 ) Vj, Y Economiste français, 21 novembre 1903 (article de 
M. de Foville sur la IX e session de L'Institut international de 
statistique tenue à Berlin en septembre 1903). 



34 



CHAPITRE II 



le soumettre à une observation quelconque. Il 
peut en être tout autrement demain. Des besoins 
nouveaux, quelque nouveau progrès réalisé par 
la science, peuvent lui donner un intérêt im- 
prévu et donner, par là même, de l'utilité à 
l'application de la statistique. 

20. Les phénomènes proprement sociaux ne 
sont pas forcément Tunique objet de la statis- 
tique sociale. 11 faut y ajouter, de l'avis de tout 
le monde, tous les êtres vivants, toutes les 
choses inanimées, tous les phénomènes du 
monde physique qui rentrent, selon la formule 
d'Herbert Spencer, parmi les facteurs externes 
de la vie sociale. 

Ne voyons-nous pas ce recueil de statistique 
sociale par excellence qui s'appelle un Annuaire 
de statistique, s'ouvrir régulièrement par des 
données sur le climat du pays auquel il s'appli- 
que ? Ce qui démontre bien que la statistique 
météorologique est considérée comme une bran- 
che de la statistique sociale. 

21. L'objet de la statistique sociale est trop 
vaste et trop complexe pour qu'il ne soit bien 



DÉFINITION ET OBJET DE LA STATISTIQUE 



3o 



indispensable de le diviser en un certain nom- 
bre de catégories suffisamment distinctes les 
unes des autres et, ces catégories une fois 
établies, de procéder à leur classification. 

C'est exactement au même besoin que Ton 
obéit, quand on fractionne l'objet de la science 
elle-même, quand on divise celle-ci en compar- 
timents aussi nettement séparés que possible 
bien que très étroitement reliés entre eux. La 
classification des sciences sociales nous semble 
devoir être, en réalité, le point de départ naturel 
et le point d'appui tout indiqué d'une classifi- 
cation des différentes branches de la statistique 
sociale. 

Admet-on que l'étude des phénomènes so- 
ciaux peut se diviser assez commodément en 
cinq sciences principales distinctes : une science 
très générale, la sociologie ayant pour objet 
l'ensemble des faits présentant les traits carac- 
téristiques du phénomène social et envisagés 
sous ce seul aspect ; et quatre sciences particu- 
lières portant sur quatre grandes catégories de 
faits sociaux : la science morale, la science 
juridique, la science politique, la science éco- 
nomique? On se trouve naturellement amené à 



36 



CHAPITRE II 



établir dans la statistique une classification cor- 
respondante. On a ainsi la statistique sociolo- 
gique, la statistique morale, la statistique juri- 
dique, la statistique politique, la statistique 
économique. 

22. Mais ces divisions seraient encore trop 
étendues. Ce sont comme des branches maîtres- 
ses qui peuvent et doivent se subdiviser, à leur 
tour, en un grand nombre de rameaux distincts. 
Voici, par exemple, la statistique économique. 
Tout le monde connaît quelques-unes de ses 
subdivisions : la statistique agricole ; la statisti- 
que manufacturière ; la statistique commerciale ; 
la statistique des transports; la statistique mo- 
nétaire ; la statistique financière ; la statistique 
du travail. Et il ne faut pas réfléchir beaucoup 
pour découvrir qu'il est facile de descendre 
plus avant dans un détail qui nous conduit 
naturellement à de nouvelles subdivisions telles 
que : la statistique du commerce intérieur et 
celle du commerce extérieur; la statistique des 
transports sur terre et celle des transports sur 
eau; la statistique des recettes de l'Etat, celle 
de ses dépenses, celle de la dette publique; la 



DEFINITION ET OBJET DE LA STATISTIQUE 



37 



statistique des professions, celle des salaires, 
celle des grèves, celle du chômage, celle des 
accidents dans le travail, celle de l'assurance, 
celle de l'épargne, celle de la mutualité, celle 
de la coopération, etc., etc. 



Elém. de Stat. 



2 



CHAPITRE III 



LES DONNÉES FOURNIES PAR LA STATISTIQUE 

23. Toutes les données fournies par la statis- 
tique se ramènent à deux catégories principa- 
les. 11 y a : t° les chiffres absolus; 2° les chiffres 
relatifs. 

A. Les chiffres absolus. 

24. Ainsi appelés tout simplement parce 
qu'ils ne sont en rapport avec aucun autre, ils 
constituent la donnée la plus simple de la sta- 
tistique. Ils sont comme le produit brut d'une 
enquête. Ils répondent habituellement à des 
questions ainsi posées : combien d'individus ou 
combien d'objets de telle ou telle espèce existe- 
t-il, à un moment donné, sur une surface déter- 
minée, ou encore, combien s'est-il accompli 
de faits de telle ou telle espèce, pendant tel 



DONNÉES FOURNIES PAU LA STATISTIQUE 



39 



ou tel délai, dans un pays donné? Leur sim- 
plicité a fait douter parfois de leur utilité et on 
est allé jusqu'à leur dénier la qualité d une 
véritable donnée de statistique (*). Tout ceci est 
exagéré. Pour être modeste et assez restreinte 
l'utilité des chiffres absolus n'en est pas moins 
incontestable. Leur usage est extrêmement fré- 
quent dans la pratique gouvernementale et 
administrative. 

B. Les chiffres relatifs. 

25. Ce sont ceux qui expriment un rapport 
entre des chiffres absolus rapprochés les uns 
des autres et comparés. 

Ils exigent, sans nul doute, de la part des 
statisticiens qui les établissent, une mise en 
œuvre complexe et savante que ne comportent 
pas les chiffres absolus, obtenus en général par 
de simples additions. Et ils constituent une 
donnée statistique supérieure dont la contribu- 
tion à l'explication des faits et à la découverte 
de leurs lois est quelquefois très précieuse. Les 

V. Conférences sur la statistique (1889-1890). — Confé- 
rence de M. Cheysson sur « Les méthodes de la statistique », 
p. 43-44. 



40 



CHAPITRE 1 1 L 



lois n'étaiil que des rapports, on conçoit sans 
peine que les chiffres relatifs puissent nous 
aider efficacement à les dégager. 

26. On a l'habitude de distinguer plusieurs 
variétés de chiffres relatifs. On distingue notam- 
ment les coefficients et les moyennes. 

Le coefficient y dans le sens étymologique du 
mot [cum efficere, faire avec), est un nombre 
par lequel on en multiplie un autre. Mais ce 
n'est point en vue d'opérer une multiplication 
que Ton a imaginé la donnée statistique ainsi 
désignée. C'est en vue de rendre claire et tout 
à fait suggestive la comparaison de certains 
chiffres exprimant la mesure d'un phénomène 
observé soit dans plusieurs pays différents, du- 
rant la même période, soit à diverses époques, 
dans le même pays. 

Le coefficient pourrait être défini : le rapport 
numérique qui existe entre le phénomène que 
l'on désire comparer et un autre phénomène 
auquel il est plus ou moins étroitement relié. 
Ce rapport numérique est le quotient d'une 
division dans laquelle les chiffres absolus qu'il 
s'agit de comparer jouent le rôle de dividende. 

Ainsi, nous savons que, durant la période de 



DONNÉES FOURNIES PAR LA STATISTIQUE 



41 



1886-1895, il y a eu, en Allemagne, 1.626.000 
naissances légitimes et 164.000 naissances illé- 
gitimes dans une année, tandis que dans la 
même période, il y avait, en France, chaque 
année, 795.000 naissances légitimes contre 
74.000 naissances illégitimes. Voilà des chif- 
fres absolus dont la comparaison n'aurait que 
peu ou point d'intérêt, sans le secours d'un 
coefficient. Si, au contraire, on fait intervenir 
cette donnée, si, par exemple, on rapproche, 
dans les deux pays, le nombre des naissances 
légitimes et illégitimes de celui des femmes de 
quinze à cinquante ans, on obtiendra des chif- 
fres qui donneront la mesure de la natalité 
dans les deux pays. On verra que, pour 1.000 
femmes de quinze à cinquante ans, on compte, 
en Allemagne, 256 naissances légitimes et 
28 illégitimes, alors qu'on en compte seule- 
ment, en France, 149 légitimes et 17 illégiti- 
mes ( 1 ). De même, si pour apprécier les dé- 
penses d'exploitation de deux compagnies de 
chemins de fer ayant un réseau d'inégale 
longueur, on se contentait de rapprocher les 

[*) V. Tableaux statistiques établis par la commission extra- 
parlementaire de la dépopulation, 1902, p. 36-30. 



\-2 



CHAPITRE HT 



chiffres absolus par lesquels se mesurent ces 
dépenses pour chacune des compagnies, on 
obtiendrait une comparaison sans valeur. Si, 
au contraire, on exprime par un coefficient la 
dépense d'exploitation afférente, dans chaque 
compagnie, à un kilomètre de réseau, on 
obtient des chiffres qui deviennent très utile- 
ment comparables. 

27. La moyenne est, si possible, une donnée 
statistique plus importante encore et d'une plus 
grande utilité que le coefficient. A vrai dire, 
d'ailleurs, et pour qui regarde les choses de 
près, le coefficient est toujours une moyenne. 
Toute moyenne n'est pas un coefficient, mais 
tout coefficient est une moyenne ; c'est une 
moyenne dégagée en vue de rendre compara- 
bles certains chiffres absolus. 

Les définitions de la moyenne sont presque 
aussi nombreuses que celles de la statistique. 
Mais elles ne diffèrent guère que par la forme, 
les statisticiens étant, ici, heureusement, d'ac- 
cord sur le fond. Une des meilleures et des 
plus claires que Ton puisse proposer nous paraît 
être la suivante : 



DONNÉES FOURNIES PAR LA STATISTIQUE 



43 



« La moyenne est la somme de plusieurs 
quantités de même nature divisée par leur 
nombre » (*). C'est là, du moins, la définition 
qui convient à la moyenne de beaucoup la plus 
fréquemment usitée, à celle que Ton qualifie de 
moyenne arithmétique ( 2 ). 11 faut cependant la 
compléter par quelques explications indispen- 
sables. 

28. Le procédé de formation de cette moyenne 
est des plus simples. Supposons, par exem- 
ple, qu'on désire obtenir la moyenne annuelle 
des mariages en France, de 1896 à 1900. 

('} V. enlre autres, sur ]a définition et sur la nature de la 
moyenne, Dr A. Berlillon. Dictionnaire encyclopédique des 
sciences médicales, v° Moyenne; Levasseur, La population 
française, I, p. 38: Cheysson, Les moyennes en Statistique, 
rapport présenté à la Soc : été de Statistique de Paris et inséré 
dans le Journal de la Société (février 1886). Conférence sur les 
méthodes de la Statistique, p. 47-50 et pour de plus longs 
développements, Gabaglio, Teoria générale délia Stalistica, 
2* édit., II, p. 116-237. 

[ % ] Cette moyenne est aussi appelée subjective par A. Bertilîon 
(loc. cit., note précédente) et elle est opposée à une moyenne 
dite objective, qui sert à mesurer une grandeur réelle mais 
inconnue et que Ton dégage, en additionnant les résultats diffé- 
rents d'observations destinées à découvrir cette grandeur, pour 
diviser le total ainsi obtenu par le nombre des observations, 



CHAPITRE III 



On additionne les mariages dénombrés pen- 
dant ces cinq années : 



On divise le produit de cette addition par le 
nombre des années qui forment la période 
considérée, c'est-à-dire par 5. Et le quotient 
exprime précisément la moyenne cherchée, 
soit 292.000. 

Au lieu de rechercher le nombre moyen de 
certains phénomènes s'accomplissant durant 
une année, veut-on dégager le nombre moyen 
d'habitants que l'on compte, en France, par 
kilomètre carré, en 1901 ? On divise le nombre 
total des habitants de la France, en 1901, par 
le nombre des kilomètres carrés représentant 
la surface de la France, soit 38.961.000 : 
536.400, et l'on obtient un quotient égal à 72,6 
qui représente le nombre par lequel se mesure 
la densité de la population française. 

Ou bien encore, recherche-t-on soit l'âge 



1896. 
1897. 
1898. 
1899. 
1900. 



290.000 mariages. 



291.000 — 

287.000 — 

296.000 — 

299.000 — 



1.463.000 mariages. 



DONNÉES FOURNIES PAR LA STATISTIQUE 45 

moyen des personnes décédées, en France, en 
1901, soit le prix moyen de l'hectolitre de blé 
vendu sur le marché de Paris, le 10 décembre 
1905, soit la taille moyenne des soldats de l'ar- 
mée française. Dans le premier cas, on addi- 
tionne tous les âges des personnes décédées et 
on divise le produit de l'addition par le nombre 
de ces personnes; le quotient exprime l'âge 
moyen. Dans le second, on additionne les prix 
de tous les hectolitres de blé vendus et on 
divise le produit par le nombre de ces hectoli- 
tres; le quotient est le prix moyen. Dans le troi- 
sième, on additionne les tailles des 575.000 
hommes qui composent l'armée française et on 
divise le total par le nombre même de ces hom- 
mes; on obtient ainsi la taille moyenne. 

29. Dans ces divers cas, comme dans tous ceux 
qu'on pourrait imaginer, la moyenne a toujours 
les mêmes caractères. Elle est un chiffre abs- 
trait représentant une grandeur hypothétique, 
la grandeur de toutes les quantités mesurées, 
si elles étaient toutes exactement égales les 
unes aux autres. 11 peut fort bien arriver, si 

nombreuses que soient ces quantités, que la 

2* 



46 



CHAPITRE III 



moyenne ne se confonde avec aucune d'entre 
elles. Mais elle a beau être une abstraction, 
elle fournit sur la réalité une indication plus 
sûre et plus adéquate que celle que pourrait 
fournir l'un quelconque des chiffres concrets 
dont elle est tirée ( 1 ). C'est elle qui exprime le 
mieux ce qu'il y a de constant dans une série 
donnée de phénomènes. Elle l'exprime d'autant 
mieux que la série est plus nombreuse. On peut 
dire que la qualité d'une moyenne est en raison 
directe du grand nombre des éléments dont elle 
est tirée. 

Elle n'a pas seulement l'avantage de ramener 
à l'unité des chiffres très nombreux et difficiles 
à retenir, elle élimine les chiffres extrêmes, 
ceux qui ne représentent que le particulier et 
l'accidentel, et par là, exprimant ce qu'il y a 
de plus général dans les phénomènes, elle a 
vraiment une grande valeur scientifique. 

Elle a aussi, d'ailleurs, une grande valeur 

( ] ) Si la moyenne dispense de retenir tous les chiffres dont 
elle est extraite, elle ne dispense pas, tant s'en faut, de savoir 
comment ils sont répartis autour d'elle, c'est-à-dire quelle est 
leur place, leur rang, leur distance par rapport à elle. Il est 
essentiel de connaître cette répartition pour bien apprécier la 
valeur et l'utilité d'une moyenne. 



DONNÉES FOURNIES PAR LA STATISTIQUE 



47 



pratique, si Ton en juge par l'usage fréquent 
qui en est fait dans le domaine de Faction, et à 
la condition, bien entendu, de ne jamais oublier 
qu'elle constitue une donnée abstraite et de ne 
pas commettre Terreur du chapelier légendaire 
qui fabriquait des chapeaux d'une largeur 
égale à la moyenne du tour de tête de ses 
clients et qui ne réussissait à coiffer personne. 

30. Qu'il s'agisse des prix ou des salaires, de 
l'offre ou de la demande du travail, des grèves 
ou du chômage, des mariages ou des divorces, 
des naissances ou des décès, du rendement 
annuel d'un impôt de consommation, de la taxe 
des successions, ou de la totalité des recettes de 
l'Etat ('), les prévisions offrant le plus de 
garantie d'exactitude sont celles que l'on peut 
fonder sur une moyenne bien établie. Celui qui 
la prend pour guide s'épargnera, suivant les 

(') On ne comprend guère comment il se fait que personne, 
jusqu'ici, n'ait encore songé, dans la préparation et le vote des 
budgets, à fonder les prévisions de recettes sur la moyenne des 
trois ou des cinq années précédentes, plutôt que sur les pro- 
duits d'une seule année. On a beau choisir l'antépénultième 
année, cela n'atténue pas les inconvénients qui s'attachent au 
caractère variable et accidentel d'un chiffre unique. 



CHAPITRE III 



cas, soit les craintes mal fondées, soit les espé- 
rances illusoires que provoquent fréquemment 
certains phénomènes accidentels. 

C'est en matière d'assurances soit contre la 
mort, soit contre les accidents ou les maladies 
que l'emploi des moyennes a donné les plus 
admirables résultats. Il y a longtemps que 
l'expérience a fait éclater l'erreur profonde 
que commettait Moreau de Jonnès, quand il 
manifestait le plus complet dédain pour « les 
calculateurs qui imaginèrent, vers le milieu du 
xviif siècle, de demander aux registres des 
sacristies le secret de la vie de chacun » (*). 
L'aléa subsiste encore pour le particulier isolé 
demandant au contrat d'assurance et recevant 
de lui la sécurité qu'il recherche. Mais, grâce 
aux moyennes, il disparaît tout à fait pour la 
compagnie ou l'institution qui peut assurer un 
2^rand nombre de personnes. 

31. Certaines catégories de phénomènes 
sociaux ne peuvent même guère s'exprimer que 
par des moyennes. Telles sont la densité de la 

(*) V. Eléments de statistique, 2 e édiL, p. 101-112. 



DONNÉES FOURNIES PAR LA STATISTIQUE 



40 



population, la natalité, la nuptialité, la mor- 
talité ( 4 ). 

32. Quand on dit que la densité de la popu- 
lation française est de 73 habitants par kilo- 
mètre carré, on fait usage d'une moyenne. Le 
chiffre de 73 est celui que Ton obtiendrait si 
les 536.400 kilomètres carrés formant la sur- 
face de notre territoire étaient également peu- 
plés. Il n'y a probablement pas un seul kilo- 
mètre carré possédant juste 73 habitants. C'est 
cependant par ce nombre seulement, jouant ici 
le rôle de coefficient, que l'on peut mesurer le 
rapport existant entre la population de la 
France et son territoire, et surtout comparer 
utilement le chiffre de notre population au 
chiffre de la population de pays différents. 

33. De même pour la nuptialité, la natalité 
et la mortalité. Quand on dit qu'il y a eu, en 
France, en Tannée 1900, pour 1.000 habitants, 

(*) Pour plus de développements sur ces applications des 
moyennes, on ne peut que renvoyer aux trois volumes du grand 
traité de démographie de M. Levasseur, La Population fran- 
çaise, 1889-1892, 3 vol. in-8. 



50 



CHAPITRE 111 



environ 15 mariages, 21 naissances et 21 décès, 
on fait aussi usage d'une moyenne. Et, sans cet 
usage, il serait impossible de suivre et de com- 
parer, soit dans le temps, soit à travers l'espace, 
les éléments du mouvement de la population. 
La comparaison des chiffres absolus ne nous 
apprendrait rien. Parfois même elle nous trom- 
perait grossièrement. Nous verrions, par exem- 
ple, que le nombre des décès a été, en France, 
pendant Tannée 1830, de 808.000, tandis qu'il 
a atteint 853.000 en l'année 1900. Le simple 
rapprochement de ces deux chiffres accuse une 
augmentation de la mortalité. Or, en fait, la 
mortalité française est beaucoup plus faible en 
1900 qu'en 1830, puisqu'elle était, en cette 
dernière année, de 25 pour mille habitants, 
tandis qu'elle a été de 21,9 pour mille en 1900 
après être descendue à 19,5 pour mille en 1897. 
Avec les seuls chiffres absolus nous verrions 
qu'il y eut, en France, en 1830, 270.000 ma- 
riages contre 299.000 en 1900 et nous incline- 
rions à penser que la nuptialité s'est accrue, 
alors qu'en réalité c'est une diminution qu'elle 
a subie, en tombant de 16 pour mille en 1830 à 
15 pour mille en 1900. 



DONNÉES FOURNIES PAR LA STATISTIQUE 51 



34. Nous mentionnerons enfin quelques au- 
tres applications des moyennes très voisines 
des précédentes et très connues aussi : la durée 
moyenne de la vie, de la naissance à la mort; 
la durée moyenne de la vie, à partir de tel 
ou tel âge donné ; la vie probable ; la durée 
moyenne de l'intervalle qui sépare deux géné- 
rations. 

Ce sont là les données statistiques dont nous 
faisons peut-être le plus grand usage aujour- 
d'hui. Ce sont aussi et de beaucoup les plus 
anciennes que Ton ait essayé de dégager. Le 
problème qu'elles servent à résoudre : Quelle 
est la durée de la vie? est un des plus pressants 
qui se posent devant l'esprit de l'homme. Sa solu- 
tion est nécessaire dans des circonstances très 
diverses. Les Romains l'avaient déjà recher- 
chée, tant bien que mal, pour la constitution 
des rentes viagères. Mais elle n'a commencé à 
être scientifiquement obtenue que le jour où, la 
statistique de la mortalité étant assez bien 
établie dans un certain nombre de grandes 
villes telles que Londres, Paris, Breslau, on a 
pu dresser, ce que Cournot appelle, nous l'avons 
déjà dit plus haut, « le travail le plus difficile 



CHAPITRE III 



et connue le chef-d'œuvre de la statistique » à 
savoir une table de mortalité. On sait que les 
premières tables de mortalité datent de la 
seconde moitié du xvn e siècle et qu'à cette épo- 
que, comme au xvm e siècle, ce sont presque 
toujours des mathématiciens qui en sont les au- 
teurs et qui ont apporté ainsi une contribution 
des plus importantes à l'élaboration scientifique 
des chiffres fournis par les recensements ( 1 ). 

35. Nous ne dirons qu'un mot des règles élé- 
mentaires qu'on doit observer quand on veut 
dégager des moyennes. 

Il faut, notamment, éviter de les extraire de 
chiffres s'appliquant à des faits ou à des objets 
d'espèces différentes ; il faut aussi éviter de les 
extraire de chiffres trop peu nombreux et trop 
distants les uns des autres ; et quand il s'agit 
d'exprimer, par une moyenne, le mouvement 
d'un phénomène dans le temps, il faut que les 
périodes observées soient assez longues. Plus 
sont grands les nombres dont la moyenne est 

(*) On trouvera les détails les plus complets sur ce sujet dans 
la Population française, de Levasseur, t. II, ch. XVI, La 
longévité et les tables de survie, p. 286-337. 



DONNÉES FOURNIES PAR LA STATISTIQUE 



53 



dégagée, plus on se rapproche de ce qu'il y a 
de constant et de nécessaire dans la réalité. 

36. Les grands nombres. — Convient-il d'y 
voir, comme semblent le faire certains, une 
donnée statistique particulière? Non sans doute. 
La grandeur des nombres est tout simplement 
une qualité que peuvent posséder les diverses 
données statistiques dont nous venons de parler. 
Les chiffres absolus comme les chiffres relatifs, 
les coefficients comme les moyennes peuvent 
être des nombres petits ou grands. Quand 
peut-on dire qu'un nombre est petit ou qu'il 
est grand? Littré définit les grands nombre : 
<( des nombres composés de beaucoup de chif- 
fres » ('). Mais combien de chiffres faut-il pour 
constituer un grand nombre? Littré n'essaie pas 
de le dire. Et nous n'essaierons pas davantage. 
Nous sommes là en présence d'une notion va- 
riable et relative qui ne se laisse pas enfermer 
dans une formule rigoureuse. 

Ce sont d'abord les mathématiciens qui ont 
étudié les grands nombres, depuis le milieu du 

( 1 ) V. Dictionnaire de la langue française, mol Nombre. 



5 ï 



CHAPITRE III 



xvii e siècle et qui en ont, les premiers, défini les 
propriétés en les faisant intervenir dans le cal- 
cul des probabilités. Mais les statisticiens (') 
n'ont pas manqué, depuis longtemps, de s'en 
occuper aussi et d'essayer de dégager leur rôle 
dans la formation des prévisions que l'on peut 
appuyer sur les données de la statistique. Ce 
rôle s'explique par une propriété qui semble 
inhérente aux grands nombres et qui peut s'ex- 
primer de la façon suivante : plus les nombres 
sont grands, plus grande est la probabilité des 
prévisions qu'ils autorisent ( 2 ). Reste à savoir 
s'il est possible de mesurer cette probabilité. 

( 1 ) Nous citerons, entre autres, Quételet, Bertillon le pL i re 
Maurice Block, Levasseur, Cheysson. 

( 2 ) « Si le nombre des épreuves (ou faits observés) dit excel- 
lemment Gournot, Exposition de la théorie des chances (p. 439), 
croissait à l'infini, la probabilité mathématique objective serait 
déterminée exactement, avec une certitude comparable à celle 
de l'événement dont le contraire est physiquement impossible. 
Quand le nombre des épreuves est seulement très grand, la pro- 
babilité n'est donnée qu 'approximativement. Lorsque le nombre 
des épreuves est peu considérable, les formules données com- 
munément pour l'évaluation des probabilités a posteriori devien- 
nent illusoires ; elles n'indiquent plus que des probabilités sub- 
jectives propres à régler les conditions d'un pari, mais sans 
application dans Tordre de production des phénomènes natu- 
rels ». 



DONNÉES FOURNIE? PAR LA STATISTIQUE 00 

Les mathématiciens aiment à le dire et quelques 
statisticiens acceptent leur manière de voir. C'est 
ainsi, dit-on. que la probabilité croit comme la 
racine carrée du nombre des observations. Mais 
une mesure aussi précise nous semble bien dif- 
ficile à justifier. 



CHAPITRE IV 



LES FONCTIONS DE LA STATISTIQUE 

37. La statistique appliquée aux phénomè- 
nes sociaux peut remplir une quadruple fonc- 
tion. 

38. A. — Elle concourt à la constitution et 
au développement des sciences dont ces phéno- 
mènes sont l'objet. 

Tout le monde admet aujourd'hui que les 
phénomènes sociaux sont soumis à des lois et 
que ces lois peuvent être découvertes, ce qui 
est précisément le but, la fin de la science. On 
peut discuter sur le degré d'avancement de la 
science sociale et des diverses branches que Ton 
distingue en elle, telles que la science de la 
morale, la science politique, ou même l'écono- 
mie politique. Mais on ne peut plus contester 
leur existence. 



LES FONCTIONS DE LA STATISTIQUE 



57 



D'autre part, personne, parmi ceux qui s'adon- 
nent à elles, n'ose se réclamer des conceptions a 
priori dont l'ancienne métaphysique avait habi- 
tué les esprits à se contenter. Personne ne refuse 
à l'observation patiente et scrupuleuse des faits 
la place éminente qui lui appartient dans l'éla- 
boration de la science sociale, qu'il s'agisse de 
fournir à l'esprit comme la matière première 
de toute généralisation, ou qu'il s'agisse de lui 
faciliter le contrôle des premières conclusions 
obtenues ou des hypothèses provisoirement 
acceptées. 

Or, l'un des modes les plus efficaces de l'ob- 
servation des faits est leur dénombrement, 
c'est-à-dire la statistique. Et c'est pourquoi la 
statistique est devenue, depuis longtemps, pour 
les économistes, et tend, tous les jours, à devenir 
de plus en plus, pour les sociologues, pour les 
moralistes, pour les juristes eux-mêmes, un 
auxiliaire indispensable dans leurs recherches 
scientifiques. 

Les mathématiciens, ces maîtres des nom- 
bres, aiment à répéter que : les nombres 
régissent le monde, mmidum vegunt numeri* 
Cela n'est point. Les nombres sont des créa- 



CHAPITRE IV 



(ions de notre esprit. Ils ne gouvernent rien du 
tout. Les statisticiens, moins ambitieux, se con- 
tentent de dire avec Gœthe « que les nombres 
servent à nous expliquer comment le monde est 
gouverné ». Et ils s'appliquent, le plus conscien- 
cieusement qu'il leur est possible, à les réunir 
et à les mettre à la disposition des hommes de 
science. 

39. Comment la statistique remplit-elle son 
rôle d'auxiliaire de la science? 

C'est, d'abord, en prenant en masse les faits 
auxquels elle s'applique, en les apportant, en 
totalité si possible, en grande majorité tout au 
moins, non seulement constatés mais dénom- 
brés, c'est-à-dire mesurés. 

C'est, ensuite, en révélant soit entre les faits 
de même espèce dénombrés dans le temps ou 
dans l'espace, soit entre des faits d'espèce diffé- 
rente, des rapports de succession ou de coexis- 
tence suffisamment constants pour que I on soit 
autorisé à croire à leur nécessité. 

Des divers modes d'observations à notre usage 
elle est celui qui a le plus contribué à faire 
apparaître et à démontrer, dans les faits so- 



LES FONCTIONS DE LA STATISTIQUE 



59 



ciaux, un déterminisme semblable à celui qui 
régit le monde physique ( 1 ). 

Peut-elle aller plus loin et révéler même les 
rapports de causalité existant entre certains 
faits ou certaines catégories de faits? Nous ne le 
pensons pas. Pour dégager le lien de causalité 
entre des faits, il faut pénétrer dans leur nature 
intime par l'observation et par l'analyse de leurs 
éléments. 

La statistique ne peut pas faire cela. Elle 
reste à la surface des phénomènes. Elle les 
envisage par le dehors. Elle peut seulement, 
en ce qui concerne les causes, et ceci est déjà 
beaucoup, nous avertir et nous mettre sur la 
voie qui nous conduira à leur découverte. Elle 
peut aussi faciliter le contrôle et la vérification 
d'une hypothèse faite à leur sujet. 

40. B. — A côté des études qui tendent uni- 

( 1 ) Cournot a même pu dire, à propos des données de la sta- 
iislique criminelle : « Que pour des choses qui proviennent du 
développement de l'activité de l'homme et qui paraissent tenir 
3t une multitude de causes très complexes, telles que le rapport 
entre le nombre des accusés pour crime et celui des habitants 
d'un pays, le rapport entre le nombre des condamnés et celui des 
accusés, on trouve d'une année à l'autre des variations bien moin- 
dres que pour des choses qui dépendent du concours des forces 
aveugles de la nature ». V. Théorie des Chances, p. 205-203. 



60 



CHAPITRE IV 



queûient à découvrir les rapports constants ou 
les lois des faits, à constater ce qui est, il y a 
celles qui tendent à découvrir les moyens à 
l'aide desquels on peut modifier les faits en vue 
d'obtenir tel ou tel résultat conçu à l'avance. 
A côté de la science il y a l'art ( 1 ). 

La statistique est aussi utile dans les études 
d'art que dans les études proprement scientifi- 
ques. Et on peut ajouter que, dans Fart encore 
plus que dans la science, il faut procéder à son 
application avec une attention et une vigilance 
extrêmes. Car si, dans la recherche scientifique, 
une erreur peut rester purement doctrinale, 
dans la recherche des meilleurs moyens à em- 
ployer pour atteindre un but déterminé, elle 
cause toujours et, à bref délai, un dommage plus 
ou moins grave. 

4 1 . C . — La statistique est l'un des instruments 
nécessaires du fonctionnement de l'Etat et de 
tous les services publics qui le constituent. 

( r ) Sur la distinclion entre la science et l'art, voir les ouvra- 
ges suivants: Système de logique de Stuart Mili, II, p. 549-571. 
— Traité d* économie politique de Courcelle-Seneuil, 2 e éd., I, 
p. 24. — Nouveau diclionniire d'économie politique de Léon 
Say, v° Science el Art. 



LES FONCTIONS DE LA STATISTIQUE 



61 



Si les Grecs et les Romains ont connu et prati- 
qué la statistique, si les barbares du moyen âge 
et les monarchies absolues des temps modernes 
n'ont pu s'en passer, c'est parce qu'elle s'impo- 
sait à eux comme une nécessité de gouverne- 
ment. Et cette nécessité, loin de disparaître 
ou de s'atténuer, devient tous les jours plus 
impérieuse à mesure que les sociétés grandis- 
sent, que leurs besoins se développent, que 
leurs richesses s'accroissent et que les rapports 
entre les individus se multiplient et se compli- 
quent. Qu'il s'agisse de gouverner et d'adminis- 
trer, au sens restreint du mot, en assurant l'ap- 
plication des lois existantes ; qu'il s'agisse de 
modifier ces lois, d'en préparer de nouvelles, 
il faut connaître les faits au milieu desquels on 
vit et dont on poursuit la transformation. 

Pour bien connaître les faits, pour en mesurer 
l'importance, pour suivre les mouvements aux- 
quels ils obéissent, il faut les observer par la 
statistique. Sans le secours de la statistique, la 
tâche du législateur comme celle de l'adminis- 
trateur serait littéralement impossible. « La 
statistique n'est possible que dans un pays bien 
administré », dit le Docteur Jacques Bertil- 

2** 



62 



CHAPITRE IV 



Ion ('). Cela est vrai à coup sûr. Mais il nous 
parait encore plus vrai de dire : une bonne admi- 
nistration n'est possible qu'avec le secours de la 
statistique. Plus la tâche des pouvoirs publics 
va s'élargissant et se compliquant, plus s'étend 
et grandit, pour eux, le rôle de la statistique. 
Et, à cet égard, il n'existe aucune différence 
entre les pays, suivant la nature de leurs ins- 
titutions politiques. La statistique n'est pas 
moins nécessaire à un pays vivant sous un 
régime despotique qu'à un pays qui jouit d'un 
régime de liberté politique. Tout ce que l'on 
peut dire c'est que, sous un régime de liberté 
politique, il ne suffît pas que les données de la 
statistique soient mises à la disposition de ceux 
qui sont chargés de faire les lois et de les appli- 
quer; il faut aussi qu'elles servent à éclairer 
l'ensemble des citoyens, de manière à leur per- 
mettre de contrôler et de juger leurs représen- 
tants et leurs mandataires; il faut qu'elles soient 
aussi largement distribuées que possible aux 
électeurs et aux élus, aux gouvernants et aux 
gouvernés. Michel Chevalier avait raison 

( l ) V. Conférences sur la slaiislique et sur la géographie 
économiques faites en 1889-1890, p. 101. 



LES FONCTIONS DE LA STATISTIQUE 



63 



d'écrire : « La statistique est un organe essen- 
tiel du régime représentatif ». 

42. D. — La statistique est presque aussi indis- 
pensable, à notre époque et dans le milieu 
social où nous vivons, aux particuliers qu'à 
l'Etat, à la gestion des intérêts privés qu'à celle 
de l'intérêt public. 

Ce n'est pas seulement le progrès politique, 
c'est aussi le progrès économique qui a con- 
tribué à rendre la statistique de plus en plus 
nécessaire. Ce sont, notamment, les merveilleux 
développements qu'a reçus la division du tra- 
vail sur la surface entière du globe qui sont 
venus accroître dans d'incalculables propor- 
tions le nombre et la complexité des rapports 
dans lesquels chacun de nous est engagé, et 
qui nous obligent à être renseignés non seule- 
ment sur les faits qui s'accomplissent près de 
nous, mais encore sur tous ceux dont nous 
subissons rinfluence et qui s'accomplissent 
dans les régions les plus éloignées. L'ouvrier 
ou l'employé qui cherche un emploi, le patron 
qui cherche des ouvriers ou des employés, le 
capitaliste en quête d'un placement fructueux 



64 



CHAPITRE IV 



et sûr pour ses capitaux, l'industriel qui man- 
que (les capitaux nécessaires à son entreprise, 
tous peuvent être utilement éclairés et guidés 
par la statistique. C'est grâce à la statistique 
que le fabricant et le commerçant peuvent 
prévoir les besoins des consommateurs, qu'ils 
peuvent étendre le champ de leurs opérations 
et réduire au minimum l'aléa qui pèse sur 
elles. 

43. Nous compléterons ces indications sur 
l'utilité de la statistique par une double obser- 
vation : 1° sur la nature des prévisions qu'elle 
autorise ; 2° sur les règles qui doivent présider 
à son emploi : 

1° Nature des prévisions. — Les fonctions de 
la statistique peuvent être diverses, divers aussi 
les services qu'elle rend. Son rôle, au fond, est 
toujours le même et il ne peut guère varier : en 
nous renseignant sur l'importance et sur le 
mouvement des faits dans le passé et dans le 
présent, elle nous permet de prévoir ce qu'ils 
seront dans Y avenir. 

Les dénombrements portant toujours sur la 
masse des faits auxquels ils s'appliquent, c'est 



LES FONCTIONS DE LA STATISTIQUE 



65 



exclusivement sur la masse des faits que peu- 
vent porter les prévisions qu'ils autorisent et 
non sur les unités qui la composent, c'est-à-dire 
sur les faits considérés individuellement. On 
peut affirmer, par exemple, que le nombre des 
mariages et des divorces en France sera, en 
1906, à peu près égal au nombre de 1905. Mais 
il serait impossible de dire que tel ou tel céli- 
bataire se mariera en 1906 et que tels ou tels 
conjoints divorceront. De même, on sait fort 
bien que le nombre des naissances masculines 
sera, dans l'ensemble de la France, en 1906, 
comme en 1905, supérieure à celui des nais- 
sances féminines (105 environ contre 100). Mais 
cela permet-il de prédire que Madame une 
telle accouchera, en 1906, d'un garçon ou d'une 
fille? Evidemment non. 

2° Règles d'emploi. — Ces règles sont essen- 
tielles mais très simples aussi et il est facile 
de les exposer en très peu de mots. Elles peu- 
vent se ramener à deux : 

a) De même que le statisticien doit avoir une 
notion sommaire mais suffisante des faits qu'il 
observe, de même le savant, l'administrateur, 
le particulier qui veut faire usage des résultats 

2"* 



66 



CHAPITRE IV 



d'un dénombrement doit avoir de la statistique, 
de sa nature et de ses procédés, une notion lui 
permettant de contrôler, de critiquer au besoin 
les chiffres qui lui sont fournis. Tous les statis- 
ticiens, hélas! ne sont pas infaillibles, et toutes 
les statistiques ne sont pas irréprochables. 

b) 11 faut user des chiffres avec bonne foi et 
avec bon sens. On en use avec bonne foi, quand 
on les consulte sans idée préconçue et sans 
avoir, à l'avance, le parti pris d'en tirer telle ou 
telle conclusion déterminée. On en use avec 
bon sens, quand on prend soin de ne jamais con- 
fondre des chiffres s'appliquant à des faits dis- 
semblables et de ne jamais séparer ou opposer 
des chiffres s'appliquant aux mêmes faits. 

C'est la seule inobservation de ces règles, et 
tout particulièrement de la première, qui a pro- 
voqué et qui justifie, dans une certaine mesure, 
la défiance et l'hostilité si souvent manifestées 
à l'égard des statisticiens, sinon à l'égard de la 
statistique elle-même. 



CHAPITRE V 



COMMENT S'ÉTABLIT LA STATISTIQUE 



44. On peut distinguer quatre séries d'opé- 
rations successives dans l'établissement de la 
statistique : 

1° Les opérations préparatoires ; 

2° Les opérations du comptage des faits, 
objets ou individus qui sont la matière de la 
statistique ; 

3° Les opérations du dépouillement des bul- 
letins, des fiches, carnets ou registres à l'aide 
desquels a été exécuté le comptage ; 

4° Les opérations par lesquelles on exprime 
et on présente les résultats du dépouillement. 

A. Opérations préparatoires 

45. Une bonne préparation est une condi- 
tion essentielle d'une bonne statistique. 



68 



CHAPITRE V 



Il faut, tout d'abord, déterminer et définir, 
avec toute laprécisionpossible,l'objetdudénom- 
brement, en tenant compte, bien entendu, des 
conditions d'homogénéité et de limitation dans 
le temps et dans l'espace que nous avons indi- 
quées plus haut. 11 faut procéder à une classi- 
fication rationnelle des individus, faits ou choses 
à dénombrer. Est-ce à dire, comme l'écrit 
M. Liesse (*), que le statisticien doive posséder 
« la connaissance profonde de la science ou de 
l'art auxquels correspondent les chiffres qu'il 
interprète? » Non, sans doute. Il y a là une 
exagération évidente qui conduirait à exiger 
des statisticiens la science universelle, et, en 
réalité, à confondre, ce que ne fait pourtant 
pas M. Liesse, la statistique avec les sciences 
des faits qui lui servent d'objet. 

Après la détermination de l'objet, celle de 
la méthode selon laquelle devra être opéré le 
dénombrement est également indispensable. 
La forme et le mode d'emploi des bulletins, 
fiches ou registres dont il pourra y avoir lieu 
de faire usage doivent être arrêtés et réglés 



( ) V. La stalislique, Avant-propos, p. vu et p. 47. 



COMMENT EST ÉTABLIE LA STATISTIQUE 



GO 



avec le plus grand soin. De même, le rôle cle 
chacun de ceux qui auront à participer à l'éla- 
boration de la statistique, particuliers ou fonc- 
tionnaires, doit être très nettement défini. Il 
faut que les instructions et les circulaires qui 
annoncent et accompagnent ces diverses mesu- 
res préparatoires soient d'une clarté parfaite. 

B. Opérations du comptage 

46. C'est là le dénombrement au sens 
propre et restreint du mot. Il y a le comptage 
portant directement sur chaque unité dénom- 
brée. Et il y a le comptage par évaluation. 

Le premier est naturellement le plus sûr et 
le plus exact. On doit en user toutes les fois 
que la chose est possible et ne recourir au 
second que lorsqu'on ne peut faire autre- 
ment. Cela dépend, à la fois, de la nature de 
l'objet du dénombrement et aussi de l'état de 
l'organisation administrative. Ainsi, on peut 
aujourd'hui compter un à un et, par consé- 
quent, avec une très grande exactitude, tous 
les actes consignés sur les registres de l'état 
civil, tous ceux qui sont mentionnés sur les 



70 



CHAPITRE V 



registres tenus par les agents du fisc, tous les 
livrets délivrés par les caisses d'épargne, tous 
les billets distribués par les compagnies de 
chemins de fer, tous les procès civils ou crimi- 
nels engagés devant les tribunaux. On peut 
même aujourd'hui dénombrer un à un tous les 
habitants d'un pays vivant, à un jour donné, si 
vaste que soit le pays et si élevé que soit le 
chiffre de sa population. Mais si l'on veut dé- 
nombrer les produits de l'industrie agricole ou 
ceux de l'industrie manufacturière, les salaires 
touchés par les ouvriers ou le revenu global de 
chaque citoyen, le comptage direct devient 
impossible et l'évaluation reste le seul moyen 
de découvrir le nombre que l'on cherche. 

L'évaluation peut être pratiquée de différen- 
tes façons. On peut y procéder en ramenant — 
par un rapport plus ou moins bien établi — 
certains faits que l'on veut compter à d'autres 
plus faciles à saisir (*). On peut y procéder en 

(*) C'est ainsi que Vauban estimait la production agricole 
d'après le nombre des charrues et que les démographes du 
xvni e siècle, tels que Messance et Expilly, évaluaient la popula- 
tion totale de la France à l'aide de ce qu'ils appelaient « l'année 
commune des naissances », c'est-à-dire le chiffre moyen annuel 
des naissances. « L'année commune des naissances doit être 



GOMMENT EST ÉTABLIE LA STATISTIQUE 



71 



faisant quelques comptages directs partiels et 
limités et en généralisant leurs résultats. Enfin, 
on peut y procéder par simple estimation fon- 
dée sur des données plus ou moins précises. 

C. DÉPOUILLEMENT 

47. C'est l'opération qui complète et cou- 
ronne le comptage en faisant, par des additions 
et par des rapprochements divers, le relevé 
des chiffres que donne celui-ci, de manière à 
les rendre aussi clairs et aussi intelligibles que 
possible. Tout le travail antérieur peut être 
perdu, si le dépouillement est mal fait. Et s'il 
est bien fait, il peut, au besoin, servir à recti- 
fier des opérations antérieures médiocres. 

Quand il s'agit de dénombrer des faits très 
nombreux et s'accomplissant sur un territoire 
étendu, le dépouillement peut être opéré sous 
deux formes très différentes. Le dépouillement 
peut être morcelé ou centralisé. 

une règle sûre pour déterminer le nombre des habitants, dit 
Messance, puisque c'est par les naissances que la population se 
soutient et se perpétue, surtout à la campagne où presque tous 
les hommes qui y naissent, s'y fixent et s 1 y marient ». V. Réciter- 
ches sur la population des géne'ralilés d'Auvergne, de Lyon, 
de Rouen, 1766, p. 2 et s. 



72 



CHAPITRE V 



Il est morcelé quand il a lieu en divers en- 
droits, quand, par exemple, il commence dans 
la commune ou au chef-lieu de canton, pour se 
continuer au chef-lieu d'arrondissement puis 
au chef-lieu de département, enfin pour venir 
s'achever dans un ministère, à Paris. Le dépouil- 
lement morcelé a de très graves inconvénients. 
Avec lui, les chances d'erreurs dans les données 
de la statistique sont portées à leur maximum. 
Tout le monde le reconnaît aujourd'hui et tout 
le monde est d'accord pour lui préférer, autant 
quepossihle,le dépouillement centralisé. La cen- 
tralisation permet non seulement de diminuer 
beaucoup le nombre des erreurs, mais encore 
d'obtenir une meilleure utilisation des données 
élémentaires fournies par le recensement. 

Le dépouillement, à son tour, se subdivise 
en deux sortes d'opérations : 

Il y a, d'abord, le relevé des diverses don- 
nées portées sur les bulletins, fiches ou regis- 
tres, et les additions ou multiplications de 
chiffres. Il y a, en second lieu, la classification 
et l'agencement de ces données, le calcul des 
coefficients et l'extraction des moyennes. 

Les premières sont des opérations purement 



COMMENT EST ETABLIE LA STATISTIQUE 73 

matérielles que des agents sans culture, de 
simples manoeuvres et, mieux encore, des ma- 
chines (^peuvent très convenablement accom- 
plir. Les secondes sont beaucoup plus délicates. 
Elles exigent des agents exercés et même for- 
més par une préparation appropriée ( 2 ). 

D. Expression et présentation des résultats du 

DÉPOUILLEMENT 

48. Les résultats du dépouillement sont 
exprimés et présentés soit sous la forme de 
tableaux de chiffres, soit sous la forme de gra- 
phiques. 

Les tableaux de chiffres comme les graphi- 
ques peuvent être, selon la nature des faits et 

(*) De très grands progrès ontélé réalisés, depuis 30 ans, dans 
l'emploi des procédés mécaniques dans les opérations du 
dépouillement. On ne s'est pas borné à user des machines à 
calculer dont l'invention remonte à Pascal ^V. sur ce sujet, Le 
calcul simplifié, Ocagne, 2 e édit. , 1905). On a môme imaginé 
des machines à trier, à classer les fiches, à les compter, à les 
lire, d'une ingéniosité vraiment admirable et qui rendent 
d'inappréciables services. 

( 2 ) Pour donner cette préparation, il faudrait, ce qui malheu- 
reusement fait complètement défaut en France, un enseigne- 
ment technique et professionnel du genre de celui que distri- 
buent les Séminaires de statistique de Berlin et de Vienne. 
Elém. de Stat. 3 



74 



CHAPITRE V 



le but poursuivi, conçus et établis de façons 
forl diverses. L'essentiel, ce qui doit être exigé 
par dessus tout, c'est que les uns et les autres 
soient clairs et qu'ils puissent être aisément con- 
sultés et utilisés. Nous n'essaierons pas d'expo- 
ser ici, en détail, les règles qui doivent présider 
à la confection des tableaux et nous renonçons 
à donner des modèles ou des cadres offrant un 
exemple de leur application. Mais nous devons 
dire un mot des graphiques. 

49. Les graphiques ( l ) consistent en figures 

(') L'emploi des graphiques, qui s'est surtout développé depuis 
une cinquantaine d'années, est relativement ancien. On en 
trouve quelques traces dans les Recherches statistiques sur la 
ville de Paris. V. dans les Recherches de 1821, les six graphi- 
ques qui terminent les Notions générales sur la population, de 
J. Fourier et le graphique inscrit dans le neuvième tableau 
relatif à la répartition par âge de la population de Paris. 

C'est William Playfair qui paraît en avoir fait le premier une 
application systématique et très étendue dans son livre intitulé : 
Tableau d'Arithmétique linéaire du commerce, des finances 
el de la dette nationale de V Angleterre, publié en Angleterre 
et en France en 1788 et 1789. L'édition anglaise contient 
43 graphiques. L'édition française n'en contient que 12. Dans 
la préface de celle-ci, Playfair s'attribue le mérite d'avoir 
découvert une méthode propre « à soulager la mémoire et à 
rendre les recherches plus faciles ». Il va même jusqu'à dire 
que ses tableaux peuvent faire apparaître des vérités qui, sans 
eux, resteraient cachées. 



GOMMENT EST ÉTABLIE LA STATISTIQUE 75 

géométriques conventionnelles dans lesquelles 
la combinaison des lignes, complétée parfois 
par l'intervention des couleurs, permet de 
représenter avec plus de clarté et plus de pré- 
cision que ne peuvent en offrir les plus ingé- 
nieux tableaux de chiffres, soit l'état actuel 
d'un phénomène observé dans des pays diffé- 
rents, soit le mouvement d'un phénomène, à 
travers le temps, dans un même pays, soit enfin 
l'état ou le mouvement de plusieurs phéno- 
mènes différents entre lesquels on cherche à 
découvrir un rapport. 

Sous l'extrême diversité de leurs formes, les 
graphiques se ramènent à deux types princi- 
paux : les diagrammes et les cartogrammes. 

50. Le diagramme est une construction de 
lignes destinées le plus souvent à représenter 
le mouvement d'un phénomène. 

Habituellement, ses deux éléments essentiels 
et suffisants pour une description peu compli- 
quée, sont les deux lignes qui forment un angle 
droit. Sur l'horizontale appelée abcisse, on 
place des divisions égales représentant l'unité 
de temps. Sur la perpendiculaire, on place 



76 



CHAPITRE V 



d'autres divisions égales représentant les unités 
à l'aide desquelles on mesure l'importance 
numérique du phénomène dénombré. Et, sur 
chaque division de l'abcisse, on dresse une 
perpendiculaire, désignée sous le nom d'ordon- 
née, qui représente, par sa hauteur, pour Tannée 
indiquée sur l'abcisse, le résultat du dénom- 
brement. Si on rejoint le sommet de ces per- 
pendiculaires, on obtient ce que Ton est con- 
venu d'appeler une courbe. C'est elle qui 
représente d'une façon particulièrement sensible 
le mouvement des faits. Rien n'empêche de 
représenter, par un même diagramme, le mou- 
vement de plusieurs phénomènes. 11 suffît de 
ne pas multiplier les lignes outre mesure et de 
conserver à la figure ce qui doit être sa qualité 
maîtresse, c'est-à-dire la clarté. 

51 . Le cartogramme est essentiellement cons- 
titué par une carte géographique sur laquelle 
sont portées certaines divisions territoriales. Il 
utilise, en les inscrivant sur ces divisions, les 
nombres par lesquels se mesurent les faits con- 
sidérés dans l'espace, à un moment donné. 

Tandis que le diagramme sert à exprimer de 



COMMENT EST ÉTABLIE LA STATISTIQUE 



rapports dynamiques, le cartogramme exprime 
des rapports purement statiques. Il exclut ordi- 
nairement la notion de succession. 

On prend, par exemple, la carte de France 
divisée par départements et on exprime, par des 
teintes conventionnelles, soit les chiffres absolus, 
soit les chiffres relatifs par lesquels se mesure, à 
un moment donné, dans chaque département, 
telle ou telle catégorie de faits. L'emploi des 
couleurs peut d'ailleurs être combiné avec les 
diagrammes aussi utilement qu'avec les carto- 
grammes. 

52. Ces deux types de graphiques, les dia- 
grammes et les cartogrammes, tels que nous 
venons de les définir, peuvent revêtir les formes 
les plus variées. Chacun d'eux peut, au gré de 
ceux qui en font usage, se prêter à des arrange- 
ments très divers. Ils peuvent notamment se 
combiner l'un avec l'autre. Il y a, par exemple, 
ce que Ton appelle les cartogrammes à foyers 
diagraphiques. L'ingéniosité des statisticiens 
peut, ici, se donner libre carrière. Elle peut 
emprunter aux mathématiciens leurs procédés 
les plus savants de description linéaire. Il suffit 



78 



CHAPITRE V 



qu'elle n'oublie jamais qu'un graphique quelcon- 
que doit toujours être plus clair, plus expressif, 
plus facile à utiliser que le tableau de chiffres 
le plus habilement composé et qu'on risque 
beaucoup, quand on veut lui faire dire trop de 
choses à la fois, de ne lui faire dire rien du tout. 
Le mérite des graphiques ne veut pas être forcé 
pas plus que le talent de ceux qui les emploient. 
S'ils ne sont pas un instrument de clarté supé- 
rieure dans les données de la statistique, mieux 
vaut ne pas y recourir. 

53. Il ne faudrait pourtant pas exagérer ce 
rôle d'instrument de clarté et s'imaginer, avec 
certains enthousiastes des procédés géométri- 
ques, que les graphiques et spécialement les 
diagrammes, peuvent devenir un instrument de 
découverte non seulement pour l'explication 
des faits accomplis, mais pour celle des faits à 
venir. Sans doute, comme nous l'avons dit plus 
haut, l'interprétation des données de la statis- 
tique doit permettre, et c'est là son but princi- 
pal, la prévision de l'avenir. Mais cette inter- 
prétation constitue une mise en œuvre savante 
appuyée sur l'emploi d'une foule de données 



COMMENT EST ÉTABLIE LA STATISTIQUE 



79 



non statistiques et, en aucun cas, elle ne peut 
aboutir aux conclusions précises et rigoureuses 
cjue donnerait le prolongement des courbes 
géométriques. Les phénomènes sociaux sont 
trop variés et trop complexes, ils sont le pro- 
duit de facteurs trop nombreux, pour qu'il soit 
joossible d'enfermer leur évolution future dans 
des formules mathématiques ( J ). 

54. Les opérations relatives à rétablissement 
de la Statistique une fois terminées, il reste à en 
porter les résultats à la connaissance de ceux 
qui peuvent en avoir besoin. 

Nous ne dirons qu'un mot de ce que Ton 
appelle : la publication des documents statis- 
tiques. 

(') On trouvera plus de détails sur les différentes espèces de 
graphiques et sur les services qu'on en peut attendre dans : 
1° Cheysson, Conférence sur lu statistique géométrique faite le 
24 septembre 1886 au Congrès de l'enseignement technique à 
Bordeaux ; Conférences sur la statistique (Les méthodes de la 
statistique), p. 56-64 ; 2° J. Bertillon, Cours élémentaire de sta- 
tistique administrative, p. 122-142 ; Bulletin de Vînstitut inter- 
national de statistique, 1903, p. 313-319; 3° L. March, Les 
représentations graphiques et la statistique comparative 
{Journal de la Société de statistique de Paris, novembre 1904 
et janvier 1905). 



80 



CHAPITRE V 



Cette publication doit être, autant qu'il est 
possible, périodique, uniforme, sous un format 
maniable, et rapprochée de la date des faits dé- 
nombrés. 

La périodicité variera beaucoup, suivant la 
nature des faits dénombrés. Le jour, la semaine, 
la quinzaine, le mois, le trimestre, l'année, 
deux ans, trois ans, le lustre (cinq ans), la dé- 
cade peuvent convenir, suivant les cas. 

L'uniformité est indispensable pour qu'il y 
ait une suite entre des documents publiés à des 
époques différentes et pour qu'ils soient faciles 
à comparer. 

Le format doit être évidemment déterminé 
par la nature des tableaux ou des graphiques 
qu'il s'agit de publier. Mais encore faut-il que 
son maniement soit possible, et même n'exige 
pas de trop grands efforts ou une trop grande 
patience. 

Plus est utile la connaissance des faits dénom- 
brés, plus il importe que la publication des 
résultats du dénombrement soit rapide. Il va 
sans dire, bien entendu, que la rapidité de la 
publication ne doit pas être obtenue au détri- 
ment de sa bonne qualité. 



CHAPITRE VI 



DU RÔLE DES PARTICULIERS ET DES POUVOIRS PUBLICS 
DANS L'ÉTABLISSEMENT DE LA STATISTIQUE 



55. La statistique peut être établie soit par 
les particuliers, soit par les pouvoirs publics. 
Le rôle des premiers est évidemment très diffé- 
rent de celui des seconds, et on peut ajouter 
qu'il lui est fort inégal. Mais il serait injuste, 
comme on le fait quelquefois, de le passer sous 
silence. Il est bien loin d'être négligeable. No- 
tons, au surplus, que si les grands recensements, 
tels que ceux qui ont la population, l'état des 
industries pour objet, ne peuvent être entrepris 
que par les pouvoirs publics, ils ne peuvent être 
menés à bien qu'avec le concours des particu- 
liers. 

3* 



8 2 



CHAPITRE VI 



A. DU RÔLE DES PARTICULIERS 

56. Ce rôle est, de par la nature même des 
choses, relativement très limité. 11 convient, 
pour l'apprécier, de distinguer entre les tra- 
vaux des particuliers isolés et ceux des particu- 
liers associés. 

Les particuliers isolés disposent de moyens 
d'investigation forcément très restreints . Ils 
sont incapables de procéder au dénombrement 
de faits nombreux et s'accomplissant sur une 
surface étendue. Ils ne peuvent appliquer leurs 
efforts, avec quelque chance de succès, qu'à un 
objet de dimensions modestes et aisément acces- 
sible. Cet objet ne dépasse guère le champ de 
leur action personnelle Ils ne peuvent, dans 
tous les cas, imposer, par la contrainte, aucune 
obligation aux personnes dont le concours serait 

(*) C'est ainsi qu'un particulier peut dénombrer tout ce qui se 
rattache à ses affaires soit professionnelles, soit de famille. Il 
peut dénombrer ses recettes et ses dépenses, dresser une sorte 
de statistique financière privée du genre de celle dont notre sa- 
vant confrère Beaurin-Gressier nous a donné le trop rare exem- 
ple, il y a quelques années, à la Société de Statistique de Paris 
C'est là une espèce de statistique monographique qui pourrai 
rendre de très grands services. 



ÉTABLISSEMENT DE LA STATISTIQUE 



83 



nécessaire à leurs recherches. Mais si, au lieu 
de prétendre opérer eux-mêmes un dénombre- 
ment quelconque, les particuliers se bornent à 
utiliser les chiffres fournis par les statistiques 
officielles, à les contrôler et à les discuter, à 
critiquer, au besoin, la méthode suivant laquelle 
ils ont été obtenus, s'ils savent les agencer et 
les combiner d'une façon intelligente, ils peu- 
vent en augmenter singulièrement l'intérêt et la 
portée. C'est sous cette forme que leur contri- 
bution à l'élaboration de la statistique acquiert 
souvent une très grande importance. Et c'est 
bien là la tâche ordinaire et normale que rem- 
plissent presque tous ceux qu'on appelle des 
statisticiens, tous les membres actifs des diverses 
Sociétés de statistique et de l'Institut interna- 
tional de statistique. 

57. Les particuliers associés, quand ils for- 
ment de simples associations scientifiques, sont 
très sensiblement dans la même situation que 
les particuliers travaillant isolément. Les faits 
sociaux qu'ils peuvent saisir, par l'emploi des 
seuls moyens dont ils disposent, offrent, le plus 
souvent, trop peu d'intérêt pour constituer la 



CHAPITRE VI 



matière utile d'un dénombrement de quelque 
importance. 

Mais il en est tout autrement, quand les asso- 
ciations de particuliers revêtent soit la forme 
de sociétés civiles ou commerciales organisées 
en vue de fonder ou de diriger une grande 
entreprise industrielle ou financière, soit la 
forme de syndicats professionnels ouvriers ou 
patronaux. 

Une compagnie de chemins de fer, de navi- 
gation ou de mines, une maison de banque, un 
établissement financier comme le Crédit lyon- 
nais ou le Comptoir d'escompte, un grand 
magasin comme le Bon-Marché ou le Louvre 
trouvent naturellement, dans leurs opérations, 
la matière de statistiques très intéressantes. Et 
le souci de la bonne marche de leurs affaires 
leur impose l'obligation de procéder, avec le 
plus grand soin, à des dénombrements détaillés. 
Rien ne les oblige, malheureusement pour les 
statisticiens, à faire connaître au public, même 
au public de leurs actionnaires, tous les résul- 
tats de ces dénombrements Il en est de 

(*) Il est à remarquer toutefois que les nombreux magasins 
qui distribuent régulièrement et abondamment des catalogues 



ÉTABLISSEMENT DE LA STATISTIQUE 



85 



même des syndicats professionnels. On sait 
cependant que ceux-ci sont, en France, les 
collaborateurs précieux du ministère du Com- 
merce pour l'établissement de la statistique 
du travail. Et ce sont aussi des entreprises 
privées qui fournissent les renseignements 
statistiques les plus abondants et les plus exacts 
sur les prix de certains produits de grande con- 
sommation tels que le blé, la farine, le sucre, 
l'alcool. 

B. DU RÔLE DES POUVOIRS PUBLICS 

58. C'est à l'autorité publique, quelles qu'en 
soient la forme et la dimension, c'est, plus spé- 
cialement, à l'Etat qu'il appartient de dresser 
la statistique des faits sociaux. C'est là une de 
ses attributions nécessaires et non pas seule- 
ment facultatives. Cela tient à ce que, d'une 
part, la statistique sociale ne peut, sauf excep- 
tion, sur la surface d'un grand pays, être dres- 
sée que par lui, et, d'autre part, à ce que la 

détaillés relatant les prix de tous les produits qu'ils offrent au 
public, fournissent ainsi des éléments qu'il serait facile d'utiliser 
pour l'établissement si difficile et pourtant si nécessaire de la 
statistique des prix. 



86 



CHAPITRE VI 



statistique répond à un besoin public parfaite- 
ment caractérisé. De là, pour l'Etat, le devoir 
de donner satisfaction à ce besoin. 

La première de ces propositions est trop évi- 
dente. Onne voit guère des particuliers essayant 
d'opérer le dénombrement de la population 
française, ou même celui des professions et des 
salaires. On ne les voit pas entreprenant la 
statistique agricole ou financière de la France, 
celle de la circulation postale et télégraphique 
ou celle de nos échanges internationaux. Ces 
statistiques là ne peuvent être établies que par 
TEtat. Lui seul possède l'organisation, les res- 
sources et l'autorité indispensables. Et quand 
nous ajoutons que la statistique répond à un 
besoin public, nous énonçons aussi une propo- 
sition qu'il serait difficile de contester. L'Etat 
ne peut se passer de statistique. Les particu- 
liers ne le peuvent davantage. Cela ne suffit-il 
pas pour constituer le besoin public qu'il est du 
devoir de F Etat de satisfaire ? 

59. Les services par lesquels les pouvoirs 
publics participent à l'établissement de la sta- 
tistique sont très nombreux et très divers. 



ÉTABLISSEMENT DE LA STATISTIQUE 



87 



On peut les ramener cependant à un petit 
nombre de types. 

On peut les distinguer, d'abord, en tant qu'ils 
correspondent à la division despouvoirs publics 
eux-mêmes, en Etats, provinces, départements, 
cantons, communes, les organes d'Etat se 
subdivisant à leur tour, quand on est en pré- 
sence d'une confédération, en organes de la 
confédération ou de l'Empire et organes des 
Etats particuliers. 

Au-dessous et dans l'intérieur de cette divi- 
sion, nous distinguerons les organes exécutifs 
et les organes consultatifs. Ces deux sortes 
d'organes se retrouvent aujourd'hui, dans pres- 
que tous les services d'Etat des grands pays 
civilisés. 

Enfin, on peut distinguer les organes dont la 
fonction exclusive est de faire de la statistique 
et ceux qui ne font de la statistique qu'acces- 
soirement à l'accomplissement d'une autre 
fonction. 



CHAPITRE VII 



ORGANISATION DE LA STATISTIQUE ADMINISTRATIVE 
EN FRANCE 



60. Nous n'essaierons pas de donner ici une 
description complète de cette organisation 
Le cadre modeste que nous avons adopté ne 
nous le permettrait pas. Nous nous bornerons 
à en faire connaître les éléments les plus impor- 
tants, en insistant sur les innovations récentes 
qui ont eu pour but de développer et d'amé- 
liorer la statistique officielle française. 

( l ) On trouvera sur ce point de très amples détails dans les 
travaux de MM. Levasseur, « L'organisation, les travaux et les 
publications de la statistique officielle en France », Journal de 
la Société de statistique de Paris, juin 1885, p. 225-284, et Tur- 
quan, Manuel de statistique pratique, p. 1-102 (1891). Les 
lacunes qu'on y relève tiennent uniquement à leur date. Nous 
nous sommes efforcé, dans le présent chapitre, de combler les 
principales, 



ORGANISATION DE LA STATISTIQUE 



80 



Deux grandes catégories de services publics 
concourent à rétablissement de la statistique 
en France, les services publics municipaux et 
les services publics d'Etat. 

A. Services publics municipaux 

61. A vrai dire, il n'existe en France qu'un 
seul service municipal de statistique. C'est celui 
de la ville de Paris. La plupart de nos grandes 
villes, Lyon, Marseille, Lille, Bordeaux, sont 
bien obligées d'établir et parfois elles publient 
des documents de statistique municipale. Mais 
ces documents ne sont pas l'œuvre d'un ser- 
vice spécial exclusivement chargé de leur éla- 
boration. Nous sommes, à ce point de vue, 
dans un état d'infériorité marquée vis-à-vis de 
l'Allemagne, des Etats-Unis et de l'Angleterre, 
où beaucoup de grandes villes, et on sait qu'elles 
y sont beaucoup plus nombreuses qu'en France, 
possèdent des bureaux de statistique. 

62. L'organisation actuelle de la statistique 
municipale à Paris remonte à un arrêté préfec- 
toral du 24 décembre 1879. Cet arrêté réali- 



90 



CHAPITRE VII 



sait une proposition adoptée par le conseil 
municipal, le 26 juillet 1877, et tendant : 1° à 
F extension et à l'amélioration des documents 
statistiques publiés par la ville de Paris ; 2° à la 
création d'un « Bureau central de statistique 
fondé sur des bases scientifiques ». À côté du 
bureau (*) est placée une « Commission de sta- 
tistique municipale » composée actuellement de 
neuf membres et qui a pour mission de donner 
son avis sur le fonctionnement du service de la 
statistique municipale. 

Une triple tâche incombe à ce service : ^cen- 
traliser toutes les données fournies par les 
diverses branches de l'administration de la ville 
de Paris ; 2° élaborer directement toutes les 
données statistiques relatives au mouvement de 
la population et à l'hygiène publique ; 3° pu- 
blier les documents sous la forme de bulletins, 
rapports, tableaux ou annuaires. Les publica- 
tions sont périodiques ou occasionnelles. Les 
publications périodiques les plus importantes, 
depuis 1880, sont le Bulletin hebdomadaire de 

{ x ) Ce bureau a élé remarquablement dirigé, dès son origine, 
par le D r A. Berlillon et, depuis la mort de celui-ci, en 188"?, 
par son fils, le D r Jacques Bertillon 



ORGANISATION DE LA STATISTIQUE 



01 



statistique municipale et Y Annuaire statistique 
de la ville de Paris. Elles forment déjà, par la 
durée même de la période à laquelle elles 
s'appliquent, des collections extrêmement pré- 
cieuses. 

Mais la ville de Paris n'avait pas attendu la 
création du bureau central de statistique pour 
procéder au dénombrement régulier de quel- 
ques catégories importantes de faits et pour en 
publier les résultats. On sait que, grâce à Col- 
bert, à partir de 1670, les registres des paroisses 
de Paris furent soumis à un dépouillement 
mensuel permettant d'obtenir et de publier le 
nombre des naissances, des mariages et des 
décès. Le règlement de 1670 fut très régulière- 
ment appliqué jusqu'en 1684. Il tomba alors 
en désuétude pendant vingt-quatre ans. Mais il 
fut remis en vigueur en 1708 et, depuis cette 
époque, il ne cessa d'être appliqué, étendu et 
perfectionné. En 1745, on joignit aux décès et 
aux naissances la distinction des sexes. En 1806, 
on distingua les naissances légitimes et illé- 
gitimes. C'est surtout, à partir de 1817, que de 
nouveaux et importants progrès furent réalisés 
dans la statistique municipale parisienne, ainsi 



92 



CHAPITRE VII 



qu'en témoignent ces curieux volumes intitulés 
Recherches statistiques sur la ville de Paris et le 
département de la Seine, et publiés de 1821 à 
à 1860. Il est vrai que les publications de docu- 
ments furent interrompues de 1856 à 1864. Mais 
elles furent reprises dès janvier 1865, et cette 
lacune de huit années a été, en grande partie, 
comblée dans le premier Annuaire statistique 
de la ville de Paris de 1880 ( 1 ). 

B. Services publics d'État 

63. Tous nos grands services publics de 
l'Etat concourent à l'établissement de la statis- 
tique des faits qui constituent ou intéressent la 
vie nationale française. 

Malheureusement, ils y concourent en ordre 
dispersé, chacun opérant à sa guise. Aucune 
entente préalable sur les méthodes de recher- 
che et sur les publications. Aucun organe cen- 
tral chargé d'assurer ce minimum d'uniformité 
sans lequel les erreurs et les doubles emplois 

( l ) On trouve la liste complète de toutes les publications du 
service de statistique de la ville de Paris, depuis 1670, en tête 
de chèque Annuaire. 



ORGANISATION DE LA STATISTIQUE 



93 



sont à peu près inévitables. Deux services ont- 
ils à dénombrer les mêmes faits? Il est très 
rare que les chiffres de l'un ne soient pas très 
différents de ceux de l'autre. Voici, par exem- 
ple, le service de la Statistique générale au 
ministère du commerce et celui de la Direction 
générale de l'enregistrement au ministère des 
finances. Ils ont l'occasion de relever, l'un et 
l'autre, le nombre des décès et celui des con- 
trats de mariage. Le premier accuse 784.000 
décès pour l'année 1901 et 761.000 pour l'année 
1902. Le second en accuse 850.000 pour 1901 
et 834.000 pour 1902. Le premier accusait, 
pour l'année 1870, 116.940 contrats de mariage, 
contre 122.537 relevés par le second et, en 
suivant leurs chiffres de 1876 à 1901, on cons- 
tate, à peu près chaque année, un écart sem- 
blable ('). 

(') Nous empruntons ces chiffres, pour le ministère du com- 
merce, à la Statistique annuelle du mouvement de la popula- 
tion et pour la direction générale de l'enregistrement, au Bul- 
letin de statistique et de législation comparée du ministère des 
finances. 

Nous pourrions citer encore l'exemple du nombre annuel 
des divorces qui n'est jamais le môme dans les relevés du 
Ministère de la Justice et dans celui du Ministère du Gom- 
me rce. 



CHAPITRE VII 



64. La création d'un organe central chargé 
de présider de haut à l'élaboration de la statis- 
tique française est à la fois très désirable et 
très difficile. Le besoin d'uniformité et d'imité 
dans cette élaboration est incontestable. Mais 
il ne saurait être question de lui sacrifier l'indé- 
pendance des divers services. Cette indépen- 
dance est nécessaire dans l'intérêt même de 
l'exactitude et de la sincérité de la statistique. 
L'organe central que nous réclamons devrait 
être chargé simplement d'inspirer les divers 
services au point de vue des méthodes et d'uni- 
fier les résultats de leurs travaux, en signalant 
les désaccords et en provoquant leur solution 
par un contrôle consciencieux et efficace. Ce 
devrait être un peu plus qu'un organe exclusi- 
vement consultatif, mais moins qu'un organe 
proprement exécutif. 

65. Les services d'Etat, en matière de statis- 
tique, sont de deux sortes. Il y a les services 
actifs et les services consultatifs. 



ORGANISATION DE LA STATISTIQUE 



95 



Services actifs. 

66. Tous nos services publics français relè- 
vent d'un ministère. C'est donc, tout d'abord, à 
la division par ministère qu'il faut s'attacher, 
pour énumérer et décrire les services chargés 
de dresser la statistique officielle. Nos onze 
ministères eux-mêmes peuvent, à leur tour, 
être répartis en trois groupes distincts si l'on 
tient compte de l'objet ou du caractère de la 
statistique dont la préparation leur incombe : 
1° groupe des ministères pour lesquels la sta- 
tistique a un caractère principalement écono- 
mique : ministère du commerce, ministère de 
l'agriculture, ministère des finances, ministère 
des travaux publics, ministère de l'intérieur, 
ministère des colonies, ministère des affaires 
étrangères ; 2° groupe des ministères dont la 
statistique a un caractère principalement mo- 
ral : ministère de l'instruction publique, des 
beaux-arts et des cultes, ministère de la justice 
et service pénitentiaire ; 3° groupe des minis- 
tères dont la statistique se rattache à la défense 
nationale : ministère de la guerre et ministère 
de la marine. 



96 



CHAPITRE VII 



Nous allons les passer en revue dans Tordre 
de rémunération qui précède. 

MINISTERE DU COMMERCE, DE L'INDUSTRIE, DES POSTES 
ET DES TÉLÉGRAPHES 

67. Ce ministère a été appelé quelquefois le 
ministère de Y Economie politique Il nous 
semble que son vrai nom devrait être, plutôt, 
le ministère de la Statistique. C'est lui qui 
possède peut-être aujourd'hui les plus impor- 
tants de tous nos services publics en matière de 
statistique. Si le service central que nous récla- 
mons venait à être établi sous la forme d'une 
Direction générale de la statistique, c'est au 
ministère du commerce que serait sa. place natu- 
relle. 

68. Le Bureau de la statistique générale de 
la France existe au ministère du commerce 
depuis 1833. Sa création fut inspirée à M. Thiers 
par l'exemple que venait de donner, l'année 
précédente, le Board of trade de Londres. Son 
premier chef fut le statisticien Moreau de Jon- 

(') V. Levasseur, loc. cit., p. 257. 



ORGANISATION DE LA STATISTIQUE 



97 



nés. Ses premières publications datent de 1835. 
Même à l'origine, son titre ne fut pas tout à 
fait exact, en ce sens qu'il n'embrassa jamais la 
totalité de la statistique de la France. Son 
domaine était cependant beaucoup plus étendu, 
suivant le programme de son fondateur, qu'il 
ne l'a été à partir de 1852, et surtout depuis 
vingt-cinq ans, à mesure que les divers minis- 
tères ont été amenés à préparer eux-mêmes les 
statistiques correspondant à leurs attributions. 
L'objet principal de ses travaux et de ses publi- 
cations, à toutes les époques, celui qui a survécu 
à toutes les transformations dont il a été l'objet, 
c'est la population française, la population telle 
que nous la font connaître et les recensements 
quinquennaux opérés en France, depuis 1801, 
et les relevés annuels des actes de l'état civil, 
mariages, naissances et décès. Il suffît, pour s'en 
convaincre, de parcourir la longue liste des 
publications de 1835 à 1902 que l'on trouve sur 
la couverture de l'un des derniers volumes de 
la Statistique annuelle du mouvement de la 
population 

( 1 ) V. Statistique annuelle du mouvement de la population, 
année 1001, XXXI. Celte liste est trop longue, elle ne comprend 

3** 



98 



cil A PITRE VÎI 



11 convient toutefois de mentionner spéciale- 
ment la publication connue sous le nom d'An- 
naaire statistique de la France et dont la pré- 
paration est confiée au bureau de la statistique 
générale, depuis 1878. Cette publication, qui 
est vraiment un document de statistique géné- 
rale, est le résumé méthodique annuel de toutes 
les statistiques émanant de nos diverses admi- 
nistrations publiques. Déjà enrichie, il y a quel- 
ques années, de tableaux rétrospectifs extrême- 
ment précieux, elle va l'être bientôt d'une nou- 
velle série de tableaux comparatifs, permettant 
de dégager le mouvement, durant une période 
de dix ans, de tous les faits sociaux qui consti- 
tuent des indices de l'état de civilisation d'un 
pays. Avec l'Annuaire relatif à l'année 1904, le 
dernier paru, elle est parvenue à son vingt- 
quatrième volume, les quatre années 1892 à 
1896 n'ayant fourni que deux volumes. La plu- 
pas moins de 92 volumes, pour que nous puissions la reproduire 
ici. Mais elle est trop instructive pour que nous ne recomman- 
dions pas sa lecture à ceux qui désirent connaître toutes nos 
sources de documentation statistique. 

Et nous recommandons aussi la lecture des premiers volumes 
de cette collection à ceux qui veulent avoir une idée de l'état de 
la statistique en France, pendant le premier tiers du xix e siècle. 



ORGANISATION DE LA STATISTIQUE 



99 



part des statistiques particulières qu'elle con- 
tient sont l'objet de publications distinctes. Mais 
il en est un certain nombre, comme on peut le 
voir en consultant le plus récent volume, qui ne 
sont publiées que dans l'Annuaire. 

Resté autonome jusqu'en 1870, le Bureau de 
la statistique générale a été rattaché, à cette 
époque, à la Direction du secrétariat et de la 
comptabilité. Rattaché à Y Office du travail par 
la loi du 20 juillet 189 J , portant création de ce 
nouvel organe d'étude et d'observation des 
faits sociaux, il fait partie aujourd'hui, avec 
l'Office du travail lui-même, de la Direction du 
travail constituée par le décret du 1 er août 1899. 

69. L'Office du travail a beau être une insti- 
tution toute récente, ses publications nombreu- 
ses et variées constituent déjà une collection très 
respectable, et bien qu'elles soient loin d'avoir 
encore atteint la perfection, leur qualité va 
sans cesse s'améliorant grâce au dévouement 
et à la haute compétence de ceux qui président 
à leur élaboration. 

Il a pour mission de recueillir et de publier, 
non seulement pour la France, mais pour les 



100 



CHAPITRE VII 



principaux pays étrangers, toutes les informa- 
tions relatives au travail, à la situation des 
industries, au salaire, au chômage, aux grèves, 
aux rapports des patrons et des ouvriers, à la 
condition matérielle et morale de ces derniers. 

Ce n'est pas toujours et nécessairement, mais 
c'est le plus souvent sous la forme de chiffres, 
c'est-à-dire de données statistiques, que sont 
présentées ces informations. Elles sont fournies 
en vue d'un double but. Elles doivent : 1° per- 
mettre l'é tude des faits, soit en vue de la recher- 
che scientifique, soit en vue de la préparation 
des réformes législatives ; 2° fournir aux ou- 
vriers, aux employés et aux patrons des éléments 
d'appréciation et de décision pour la meilleure 
utilisation de leurs bras, de leurs facultés et de 
leurs capitaux. On les trouve réunies dans deux 
catégories de publications ; dans le Bulletin de 
V Office du travail, publication mensuelle d'une 
centaine de pages environ qui donne, au fur et 
à mesure qu'ils peuvent être obtenus, des ren- 
seignements aussi complets que possible sur le 
mouvement social en France et à l'étranger; 
dans des séries de volumes ou brochures faisant 
connaître les résultats d'enquêtes spéciales, 



ORGANISATION DE LA STATISTIQUE 



101 



périodiques ou non, poursuivies sur les diver- 
ses catégories de faits se rattachant à la situa- 
tion du travail et des travailleurs. Ces volumes 
sont aujourd'hui (novembre 1905) au nombre 
de quarante-quatre. Et le bulletin d'octobre 
1905 porte le n° 10 de la douzième année. 

70. La Direction du travail, avec les deux 
services dont nous venons de parler, est, sans 
contredit, l'organe essentiel du ministère du 
commerce au point de vue de la statistique. On 
doit toutefois mentionner aussi et les trois 
autres Directions que compte ce ministère, 
depuis la réorganisation dont il a été récem- 
ment l'objet, la Direction du commerce et de 
l'industrie, la Direction de l'assurance et de la 
prévoyance sociales, la Direction de l'enseigne- 
ment technique, — et le Sous-secrétariat des 
postes et télégraphes. 

Chacun de ces services est appelé, par l'objet 
même de ses attributions, à collaborer à des 
publications statistiques d'un très grand intérêt. 
11 nous suffira de citer les principales : le Rap- 
port annuel sur les caisses d'épargne privées 
et sur la Caisse nationale d'épargne ; le Rapport 



102 



CHAPITRE VII 



annuel sur les opérations de la Caisse des 
retraites pour la vieillesse ; la Statistique de la 
marine marchande (primes, construction, navi- 
gation) ; les Annales du commerce extérieur ; 
le Rapport de la commission des valeurs en 
douane ; le Moniteur officiel de la propriété 
industrielle et des marques de fabrique ; sans 
parler des documents qui sont livrés au bureau 
chargé de préparer l'Annuaire de statistique et 
qui ne reçoivent d'autre publicité que celle de 
l'Annuaire ( J ). 

MINISTÈRE DE L'AGRICULTURE 

71. L'importance de ce ministère, au point 
de vue de la statistique, n'est pas loin d'égaler, 
surtout depuis les décrets de 1901 et de 1902 
dont nous parlerons tout à l'heure, celle du 
ministère du commerce. Cela tient à l'impor- 
tance même que présentent, dans un pays 
comme la France, la richesse et la population 
agricoles. 

C'est un décret du 14 novembre 1881 qui a 

(*) V. par exemple la Statistique des correspondances pos- 
tales, télégraphiques et téléphoniques. Annuaire de 1902, 
p. 182. 



ORGANISATION DE LA STATISTIQUE 



103 



créé le ministère de l'agriculture et qui dota le 
nouveau ministère d'un Bureau des subsistances 
et de la statistique agricole. Mais la statistique 
agricole est bien antérieure à cette création. 

On en trouve les premiers linéaments dans 
l'édit de Villers-Cotterets (1539) dû à Fran- 
çois I er et dans celui de 1572 provoqué, sous 
Charles IX, par le chancelier René de Biragues. 
Le premier prescrivait aux autorités munici- 
pales des chefs-lieux de sénéchaussée ou de 
bailliage l'établissement d'un état hebdoma- 
daire des denrées alimentaires; le second leur 
imposait un état semestriel de la situation des 
récoltes. 

La création d'un bureau, sous le nom de 
Bureau des subsistances, chargé de centrali- 
ser tous les renseignements relatifs à la pro- 
duction et à la consommation des céréales et 
de s'occuper des approvisionnements du roi, 
remonte à l'ordonnance du 4 janvier 1716. 
Souvent remanié, sous les règnes de Louis XV 
et Louis XVI, ce bureau devait, pendant le 
ministère de Necker et à l'instigation de celui- 
ci, être transformé en un Bureau de statistique 
générale } quand survint la Révolution. Il prit 



CHAPITRE VII 



une importance exceptionnelle par suite de la 
crise économique intense qui sévit sur la France 
à cette époque. Un décret du 27 avril 1791 le 
rattacha, ainsi que le service de l'agriculture, 
au ministère de l'intérieur que venait de créer 
la loi du 7 août 1790. Les ministères ayant été 
remplacés, sous la Convention, par des com- 
missions exécutives, il se trouva rattaché, du 
1 er novembre 1793 au 20 octobre 1795, à la 
Commission exécutive du commerce et des appro- 
visionnements. Il revint au ministère de l'inté- 
rieur et y resta jusqu'au décret du 19 janvier 
1812 qui l'incorpora dans le nouveau ministère 
de l'agriculture et du commerce. Il est vrai que 
ce ministère fut fondu avec celui de l'intérieur, 
sous le second Empire. Mais le bureau des sub- 
sistances n'en resta pas moins dépendant des 
services de l'agriculture et du commerce, de 
1812 à 1881. 

72. C'est durant cette période qu'un décret 
trop peu connu, mais qui constitue à nos yeux, 
avec le rapport qui le précède, l'un des docu- 
ments dont l'histoire de la statistique française 
doit garder le souvenir, le décret du 1 er juillet 



ORGANISATION DE LA STATISTIQUE 



105 



1852 a tenté de donner à la statistique agri- 
cole une organisation des plus remarquables. 

La portée de ce décret était d'ailleurs très 
générale. Il s'agissait, dans la pensée de ses 
auteurs, d'instituer, en dehors des cas dans les- 
quels la statistique officielle se fait en quelque 
sorte d'elle-même, par le jeu naturel des ser- 
vices publics, un dénombrement régulier et 
méthodique de toutes les forces productives du 
pays et de tous les éléments de sa richesse. Les 
commissions cantonales qu'il instituait devaient 
même concourir au recensement quinquennal 
de la population et au dépouillement des regis- 
tres de l'état civil, ces « recueils précieux, 
livres sybillins dont on a dit avec raison qu'ils 
contiennent les lois mystérieuses de la vie et 
de la mort ». Le texte des art. 1 er et 9 ne laisse 
aucun cloute à cet égard. « Il sera formé une 
commission de statistique permanente au chef- 
lieu de chaque canton », dit l'art. 1 er . Et l'art. 9 
définissant la tâche de ces commissions, ajoute : 

(*) Môme dans le travail complet de M. Levasseur (voy. 
loc. cit., p. 370), le décret du 1 er juillet 1852 est à peine men- 
tionné. La Société de Statistique de Paris a eu l'heureuse pensée 
d'en publier le texte, ainsi que celui du rapport, dans le Jour- 
nal de La Société de statistique de Paris, mai 1904, p. 211 et s, 



106 



CHAPITRE VII 



(( Chaque commission sera chargée de rem- 
plir et de tenir à jour pour les communes de 

la circonscription cantonale deux tableaux: 

le premier, stir les faits statistiques dont il im- 
porte que le Gouvernement ait la connaissance 
annuelle; le second sur ceux qui, par leur na- 
ture, ne peuvent être utilement recueillis que 
tous les cinq ans » . 

En fait, cependant, et c'est ce qui explique 
l'erreur commise par beaucoup de statisticiens 
touchant la véritable portée du décret de 1852, 
les vastes ambitions de ses auteurs ne se réali- 
sèrent jamais et les commissions cantonales 
n'ont jamais servi qu'à la préparation de la 
statistique agricole. Même, pour cette statisti- 
que, après avoir collaboré à celle des années 
1852 et 1862, elles disparurent presque com- 
plètement. Elles furent reconstituées en vue de 
l'enquête de 1882. Mais elles disparurent de 
nouveau après cette enquête, et, cette fois, défi- 
nitivement. 

73. A partir de 1882, les enquêtes agricoles, 
soit annuelles, soit décennales, furent reprises 
avec le seul concours des préfets, des sous-pré- 



ORGANISATION t)E LA STATISTIQUE 



107 



fets et des maires. C'étaient là de bien médio- 
cres collaborateurs pour la préparation sérieuse 
d'une bonne statistique agricole Les incon- 
vénients de cet état de choses se firent particu- 
lièrement sentir, dans ces derniers temps, à 
l'occasion de l'exécution des recensements an- 
nuels indispensables à l'administration de la 
guerre en vue du service des ravitaillements. Et 
c'est leur constatation qui a provoqué les deux 
mesures les plus importantes que nous ayons à 
signaler à propos de la statistique agricole : 
1° l'institution au ministère de l'agriculture, par 
décret du 25 avril 1901, d'un Office de rensei- 
gnements agricoles rattaché au 4 e bureau de la 
direction de l'agriculture ; 2° l'organisation, 
par décret du 27 août 1902, « sur de nouvelles 
bases, des enquêtes d'ordres divers, statistiques 
et économiques, qui sont effectuées par le mi- 
nistère de l'agriculture ». 

74. V Office de renseignements agricoles est 

(') Ce n'est point à ces honorables fonctionnaire que l'on peut 
faire grief de leur insuffisance en la matière. C'est aux pouvoirs 
publics qui n'ont pas encore su ou voulu organiser d'une façon 
rationnelle renseignement de la statistique. 



108 



CHAPITRE VU 



à la fois un service de renseignements et un 
service d'études et de vulgarisation. Comme 
service de renseignements et au point de vue 
de la statistique, sa mission est la plus étendue 
qui se puisse imaginer ('). Nous la résumerons 
en disant qu'il doit rechercher, centraliser et 
publier « les informations les plus rapides, les 
plus exactes et les plus complètes sur la pro- 
duction nationale et sur la production étran- 
gères, sur les centres de consommation, sur les 
prix de l'intérieur et du dehors, sur les prix et 
frais de transport, sur les conditions du travail 
agricole ». Ses publications sont, actuellement, 
le Bulletin mensuel^) et les Annales du minis- 
tère de l'agriculture Mais il entre dans son 
programme de publier aussi « des annuaires, 
des monographies, des brochures traitant de 
questions spéciales ainsi que les résultats des 
enquêtes diverses auxquelles il pourra pro- 
céder ». 

(*) On trouvera la longue liste de ses attributions clans la note 
consacrée à l'« Office des renseignements agricoles » dans le 
Bulletin mensuel de janvier 1902, p. 1-7.* 

( 2 ) Ce recueil date du I e » 1 janvier 1902. 

( 3 ) Ce recueil remplace l'ancien Bulletin du ministère de 
l'agriculture depuis avril 1902. 



ORGANISATION DE LA STATISTIQUE 



109 



75. Le décret du 27 août 1902 se relie très 
étroitement à celui du 1 er juillet 1852. Il le li- 
mite à la statistique agricole, tout en l'étendant 
et en le fortifiant pour celle-ci. Ses auteurs ont, 
au même degré que ceux du décret de 1852, la 
juste conception du rôle de la statistique et le 
sincère désir de contribuer à son développe- 
ment. 

Quatre organes différents, fonctionnant dans 
toutes les communes, dans tous les chefs-lieux 
de canton, d'arrondissement et de département 
de France, seront chargés, désormais, de con- 
courir à rétablissement de la statistique agri- 
cole, suivant le vaste programme tracé, en 1901, 
à YOffice des renseignements agricoles. 

1° Des commissions communales composées de 
cinq membres au moins et de sept au plus, sous 
la présidence du maire ; 2° des commissions can- 
tonales composées de quatre membres de droit 
et de sixàdouze membres nommés par le préfet ; 
3° les sous-préfets et les professeurs spéciaux 
d'agriculture; 4° les préfets et les professeurs 
départementaux d'agriculture. 

Et au-dessus de ces quatre organes se trou- 
vent placés, au ministère de l'agriculture, deux 



I 10 



CHAPITRE VII 



organes supérieurs qui ont pour mission, l'un 
au point de vue de l'exécution, l'autre au point 
de vue consultatif, de diriger de haut toute l'éla- 
boration de la statistique agricole. C'est l'office 
de renseignements agricoles dont nous avons 
déjà parlé et c'est le Comité consultatif de 
statistique agricole institué par le décret du 
27 août 1902 (art. 42-49). Ce comité est composé 
de 40 membres, dont 20 membres de droit et 20 
nommés par le ministre de l'agriculture. Il se 
réunit au moins une fois par an, et, dans l'inter- 
valle des sessions, une commission permanente 
de 15 membres donne son avis sur toutes les 
questions qui lui sont soumises parle ministre. 
La collaboration de ces divers organes est très 
minutieusement réglée par le décret du 27 août 
1902, ainsi que par les circulaires et instructions 
adressées les 28 août, 18 septembre, 28 octobre, 
13 novembre et 19 décembre, aux préfets et aux 
professeurs départementaux. Il y a là de nom- 
breux détails que nous ne pouvons donner ici, 
quel qu'en soit l'intérêt . Nous devons mention- 
ner cependant le registre des cultures institué 
dans chaque commune. Pour avoir une idée de 
l'importance capitale de ce registre dont la 



ORGANISATION DE LA STATISTIQUE 



lil 



tenue est imposée aux commissions communales, 
il suffit de citer Fart. 2 du décret du 27 août : 
(( Il est institué dans chaque commune un regis- 
tre des cultures qui devra contenir l'indication 
de la superficie agricole et celle des rendements 
moyens des produits; ce registre est destiné à 
servir de base aux statistiques agricoles ». 

MINISTÈRE DES FINANCES 

76. Dans ce ministère où tout se mesure par 
des chiffres et s'y ramène toujours, la statisti- 
que est inhérente au fonctionnement des servi- 
ces. 

Pour donner une idée complète de l'objet 
des statistiques que le ministère des finances 
peut dresser, il faudrait passer en revue ses 
attributions si complexes et si variées. Nous ne 
pouvons le faire ici. Nous nous bornerons à dire 
que tout, dans ses opérations, est matière à sta- 
tistique. Qu'il s'agisse de préparer les projets 
de budget et, une fois votés, de les exécuter par 
le maniement des fonds qu'entraînent les dé- 
penses et les recettes de l'Etat, qu'il s'agisse 
d'établir un impôt et d'en assurer la rentrée en 
recherchant la matière imposable, tout se dé- 



112 



CHAPITRE VII 



nombre et c'est par le dénombrement seul qu'on 
est parfaitement éclairé sur l'importance et sur 
le mouvement des faits. Et là, par la nature 
mêmes des choses, la statistique n'est pas seu- 
lement la condition nécessaire de la bonne mar- 
che du service, elle en est en même temps, dans 
une large mesure tout au moins, le résultat en 
quelque sorte automatique. Quand elle ne se 
fait pas d'elle-même, elle reste encore relative- 
ment facile à exécuter, puisqu'il suffit d'obtenir 
du personnel soit le dépouillement attentif de 
registres obligatoirement tenus, soit le relevé 
de faits dont la constatation est liée à l'établis- 
sement ou à la perception de l'impôt. 

77. Jusqu'en 1877, chaque service du mi- 
nistère, chaque régie ou direction générale, 
dressait soit librement, soit à la demande du 
ministre, les statistiques se rattachant à l'ac- 
complissement de ses fonctions. Il n'y avait 
point, pour l'ensemble du ministère, de service 
spécial de statistique. De plus, un certain nom- 
bre de comptes ou de tableaux étaient publiés 
annuellement, tels que le Compte définitif des 
recettes et des dépenses, le Compte général de 



ORGANISATION DE LA STATISTIQUE 



113 



f administration des finances 1 . le Compte an- 
nuel de ^exploitation du monopole des tabacs^ 
le Tableau annuel du commerce extérieur et de 
la navigation tel que permet de l'établir l'ap- 
plication des droits de douane. Mais toutes ces 
publications, si importantes qu'elles fussent, 
restaient isolées, fragmentaires et incomplètes. 
La plus grande partie des statistiques relatives 
aux impôts directs et indirects restaient enseve- 
lies dans les cartons. C'est à peine si, à partir 
de 1N71. on prit l'habitude de publier mensuel- 
lement au Journal Officiel^ le produit des recet- 
tes bugétaires, et si. vers 1872, un service de 
renseignements statistiques, destiné surtout à 
renseigner le ministre sur les finances étrangè- 
res, fut placé au secrétariat général du ministère. 

C'est seulement à partir du I er janvier J 877, 
qu'a été institué, grâce à l'heureuse initiative 

1 Ce Compte général, établi par la loi du 19 nivôse an IX 
9 janvier 1800) et dont le premier volume porte sur l'année 
1800, est de beaucoup le plus important de tous nos documents 
de statistique financière. Il est aussi l'un des plus volumineux, 
un des plus difficiles à manier et à utiliser. On a eu l'heureuse 
idée, depuis 1904; de publier, chaque année, un Résumé du 
Compte général qui, sous un format très commode, réunit très 
intelligemment les données de Statistique financière dont la 
vulgarisation est à la fois le plus désirable et le plus aisée. 



CHAPITRE VII 



de Léon Say, un service général de statistique, 
sous le nom de Bureau de statistique et de légis- 
I a lion comparée, et que ce bureau a publié un 
Bulletin mensuel de statistique et de législation 
comparée, dont la collection forme aujourd'hui 
une mine précieuse de statistique financière 
française et étrangère. Un très petit nombre 
des travaux ou documents que Ton trouve dans 
ce bulletin sont l'œuvre propre du bureau. La 
plupart sont l'œuvre des différents services du 
ministère et le rôle utile du bureau, en ce qui 
les concerne, consiste presque exclusivement à 
leur donner la publicité qui leur manquait jus- 
qu'ici. Ces travaux offrent un intérêt plus ou 
moins grand, suivant la nature des attributions 
des services qui les produisent. Parmi les plus 
importants et les plus riches en enseignements 
de toute sorte, il faut citer tous ceux qui éma- 
nent de la direction générale de l'Enregistre- 
ment ('), de la direction générale des Contribu- 
ai Ce n'est pas seulement au point de vue financier et au 
point de vue économique, c'est tout spécialement au point de 
vue juridique, que les statistiques publiées par la Direction géné- 
rale de l'Enregistrement offrent un très grand intérêt. 

On peut dire que presque toute la statistique du Code civil 
se trouve contenue dans celle des actes soumis à la formalité 



ORGANISATION DE LA STATISTIQUE 



115 



lions directes, de celle des Contributions indi- 
rectes et de la direction des Monnaies. 

78. Ce qui ne veut pas dire, toutefois, qu'il 
ne reste Lien encore de grands progrès à réa- 
liser, en matière de statistique financière, tant 
au point de vue de la quantité qu'au point de 
vue de la qualité des documents. Croirait-on, 
pour ne citer qu'un exemple, que nous ne pos- 
sédons point, en France, de statistique nous 
faisant connaître périodiquement le chiffre total 
de notre dette hypothécaire et ses mouvements? 
Dans un pays où la dette hypothécaire est éva- 
luée à plus de 14 milliards et où elle atteint 
certainement le chiffre de 10 milliards, c'est là 
une grave lacune et d'autant plus déplorable, 
qu'une dépense minime et un léger effort de 
l'administration de l'enregistrement permettrait 
de la combler ('). 

de l'Enregistrement. Nous en avons donné la preuve dans un 
rapport présenté à l'Institut international de statistique, dans sa 
IX e session tenue à Berlin, en septembre 1903. V. Bulletin de 
Vins! Val international de statistique, lom. 14. 

(') Sur le rapport de M. Fernand Faure, le conseil supérieur 
de statistique, dans sa session de juin 1897, a émis le vœu qu'il 
soit procédé à rétablissement d'une statistique hypothécaire dé- 



116 



CHAPITRE VII 



MINISTÈRE DES TRAVAUX PUBLICS 

79. Une ordonnance du 14 décembre 1844 
organisant l'administration centrale de ce minis- 
tère, y instituait un bureau central de statistique 
chargé de la « recherche, la réunion et la mise 
en œuvre de tous les documents propres à cons- 
tater les mouvements généraux de la circulation 
dans l'étendue du royaume ». 

Après avoir subi de très nombreuses trans- 
formations, en 1850, en 1874, en 1876, en 1877, 
ce bureau semblait avoir trouvé sa forme défi- 
nitive dans une organisation fixée par un arrêté 
ministériel du 12 mars 1878 et par un décret 
du 26 août 1878. Par malheur, des années diffi- 
ciles au point de vue budgétaire étant surve- 
nues, c'est sur le service de la statistique qu'on 
s'est le plus facilement résigné à réaliser des 
économies. Et, à l'heure actuelle, les statisti- 
ques des chemins de fer, des routes nationales, 
de la navigation, des mines sont dressées par 

taillée. Voy. le programme de cette statistique dans le Bulletin 
du conseil supérieur, n° 6, p. 53 et sq. La modeste somme de 
35.003 à 40.000 fr. suffirait à la réalisation de ce programme. 
Elle a été demandée plusieurs fois. On ne s'explique guère 
qu'elle n'ait pas été accordée. 



ORGANISATION DE LA STATISTIQUE 



117 



chacun des services compétents. Le Bulletin 
mensuel de statistique et de législation comparée 
créé en 1880 a disparu. Et la belle publication 
établie, en 1878, sous le nom (Y Albion de sta- 
tistique graphique n'a pu survivre au bulletin 
que grâce aux efforts et au dévouement de 
M. Cheysson. 

MINISTÈRE DES COLONIES 

80. A l'origine et pendant longtemps englo- 
bée dans le ministère de la marine, l'adminis- 
tration des colonies a été, de 1889 à 1893, rat- 
tachée au ministère du commerce avant de 
devenir, en 1894, un ministère distinct. Elle a 
toujours publié d'une façon plus ou moins régu- 
lière, un certain nombre de statistiques intéres- 
santes, notamment : 1° sous le nom de Tableaux 
statistiques , depuis 1839, puis sous le nom de 
Statistiques coloniales^ une sorte de statistique 
générale des colonies portant sur la population, 
les cultures, le commerce, la navigation, l'ins- 
truction publique, la justice, les finances, l'as- 
sistance, etc. ; 2° une Statistique de la trans- 
portation dont le premier volume, paru en 
1867, fournit des renseignements remontant à 



118 



CHAPITRE VII 



1852; 3° une Statistique des banques colo- 
niales. 

Depuis la création de Y Office colonial par un 
décret du 14 mars 1899, depuis un arrêté 
ministériel du 18 juin 1899, et à la suite d'une 
série de mesures prises en 1903, c'est ce nouveau 
service qui est chargé de centraliser et de pu- 
blier toutes les statistiques du ministère des 
colonies, à l'exception des statistiques des ban- 
ques coloniales. Cette mesure s'imposait, au 
moment où notre empire colonial, si largement 
accru depuis vingt-cinq ans, commence à être mis 
en valeur d'une façon rationnelle et féconde ( 1 ). 
11 y a lieu de se réjouir des résultats heureux 
qu'elle a déjà donnés et de ceux meilleurs 
encore qu'elle est appelée à donner dans l'ave- 
nir 

f 1 ) Le commerce de nos colonies, Algérie et Tunisie non 
comprises, a atteint, en 1902, le chiffre de 840 millions. 

Pour la première fois, YOffice colonial sera bientôt en mesure 
de publier une statistique de la navigation et une statistique de 
l'industrie minérale aux colonies. 

( 2 ) Il convient de signaler ici la formation due à l'initiative 
privée, en mars 1103, d'un « comité pour l'inventaire méthodi- 
que des ressources de l'Afrique occidentale française ». Ce 
comité n'a pas manqué de placer la statistique parmi les moyens 
dont il usera pour la réalisation de son vaste programme. 



ORGANISATION DE LA STATISTIQUE 



119 



MINISTÈRE DE L'INTÉRIEUR 

81. On fait beaucoup de statistique dans ce 
ministère, et, à vrai dire, la statistique n v y est 
pas organisée. Les nombreuses publications que 
nous lui devons, la Statistique financière des 
départements et des communes, la Statistique 
de Fémigration, la Statistique des sociétés de 
secours mutuels, la Statistique de V assistance 
publique (enfants assistés, enfants du premier 
âge, aliénés, épidémies, causes de mort), la 
Statistique des prisons et établissements péni- 
tentiaires, la Statistique des opérations du ser- 
vice vicinal, tous ces travaux, si importants par 
la seule nature de leur objet, émanent des 
divers services compétents. Mais il n'existe 
aucun lien entre ceux-ci, et le défaut d'un ser- 
vice central de statistique est ici tout à fait 
sensible. On ne saurait considérer comme un 
service central le service de la carte de France, 
même depuis l'arrêté ministériel du 10 octobre 
1881 qui le charge « d'établir tous les docu- 
ments graphiques traduisant les renseignements 
statistiques qui lui sont confiés dans ce but par 
les différentes directions du ministère ». 



120 



CHAPITRE VII 



MINISTÈRE DES AFFAIRES ETRANGERES 

82. Ce ministère fait peu de statistique et 
celle qu'il fait est assez médiocre. Nos ambas- 
sadeurs et nos consuls sont, en effet, fort mal 
préparés à l'élaboration des tableaux qu'on leur 
demande soit sur la population française à 
l'étranger, soit sur l'état économique des pays 
où ils résident. Une statistique spéciale des 
capitaux français à l'étranger a été publiée par 
le ministère des affaires étrangères dans le 
Journal officiel du 25 septembre 1902. Mais on 
y relève de graves erreurs non seulement dans 
l'exécution mais dans la méthode elle-même ( l ). 

MINISTÈRE DE LA JUSTICE 

83. A la différence des ministères dont nous 
venons de parler, celui de la Justice établit des 
statistiques offrant surtout un haut intérêt moral 
et social. Leur intérêt économique est tout à 
fait secondaire. Elles embrassent toutes les 
applications, faites par les diverses catégories 

( l ) Ces erreurs ont été signalées avec autant de verve que 
d'autorité par M. de Foville dans un article publié par la llevue 
politique et parlementaire du 10 novembre 1902. 



ORGANISATION DE LA STATISTIQUE 



121 



de tribunaux, de nos lois civiles, commerciales 
et criminelles. Comme celles du ministère des 
finances, elles pourraient être d'une exactitude 
presque absolue. Leurs éléments doivent tous, 
en effet, être extraits de registres dont la tenue 
est obligatoire. Mais il faut compter, hélas! 
avec la négligence de certains magistrats et 
aussi avec leur indifférence à l'égard de la sta- 
tistique dont beaucoup d'entre eux ignorent la 
portée. Quoi qu'il en soit, le ministère de la 
Justice possède un Bureau spécial de statistique 
et il publie, chaque année, depuis 1827, sous le 
nom de Compte général de la justice civile et 
de Compte général de la justice criminelle, un 
des documents statistiques les plus importants 
que nous possédions ('). On trouve, dans le pre- 
mier de ces comptes, à côté du dénombrement 
des faits judiciaires proprement dits, celui des 
actes des officiers ministériels, notaires, avoués, 
etc. 

( 1 ) Ce bureau a eu la bonne fortune d'être dirigé longtemps 
par quelques chefs éminents, tels que E. Yvernrs et Tarde, 
qui en ont constamment amélioré les publications et dont les 
rapports constituent des travaux statistiques de premier 
ordre. 



122 



CHAPITRE VII 



MINISTERE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE 

84. La statistique de ce ministère, beaucoup 
plus intéressante, elle aussi, au point de vue 
moral qu'au point de vue économique, a pris, 
en France, depuis vingt-cinq ans, une impor- 
tance qu'expliquent très aisément les réformes 
accomplies dans l'organisation de notre ensei- 
gnement public. Elle offre un des moyens les 
plus sûrs de suivre l'application et d'apprécier 
l'efficacité de ces réformes. 

Malheureusement, le ministère de l'instruc- 
tion publique nous livre, d'une façon inter- 
mittente et beaucoup trop parcimonieuse, les 
trésors de statistique scolaire qu'il possède 
touchant les trois grandes branches de notre 
enseignement public, primaire, secondaire et 
supérieur. 

Seul, l'enseignement primaire a été, depuis 
1829, et, sauf durant une période de seize ans, 
de 1848 à 1864, l'objet de recensements assez 
méthodiques et de publications relativement 
fréquentes. En 1876, on a doté la direction de 
renseignement primaire d'un bureau de statis- 
tique et d'une commission chargée de diriger 



ORGANISATION DE LA STATISTIQUE 



123 



et de surveiller les travaux de ce bureau (*). Ces 
travaux se manifestent par deux publications : 
Tune, très étendue, est quinquennale et porte 
sur Tannée du recensement général de la popu- 
lation française; l'autre est un résumé annuel 
des états de situation de renseignement pri- 
maire. 

Quant à la statistique de l'enseignement 
secondaire et à celle de renseignement supé- 
rieur elles ne sont l'objet de publications spé- 
ciales qu'à intervalles éloignés et irréguliers. Il 
convient de dire cependant que, depuis quel- 
ques années, le ministère de l'instruction 
publique communique au bureau de la statis- 
tique générale qui les publie dans Y Annuaire 
statistique, un ensemble assez complet d'infor- 
mations sur nos trois branches d'enseignement, 
informations d'ordre proprement scolaire et 
informations d'ordre financier d'un très grand 
intérêt ( 2 ). 

(*) M. Levassent est, depuis l'origine, le président de cette 
commission de statistique. Personne ne connaît mieux que lui 
tout ce qui concerne la statistique de l'enseignement primaire. 
V. à ce sujet le travail de lui que nous avons cité plus haut 
(p. 250-252). 

( 2 ) V. Annuaire statistique de 1902, p. 2G-57. 



124 CHAPITRE VII 

MINISTÈRE DE LA GUERRE. MINISTERE DE LA MARINE 



85. Parmi les statistiques les plus rigoureu- 
sement indispensables à une nation organisée 
il faut placer la statistique militaire. Elle est 
peut-être plus nécessaire et elle est certaine- 
ment plus ancienne que la statistique finan- 
cière. Quand deux tribus voisines ont songé à 
se faire la guerre, elles ont dû compter leurs 
guerriers et leurs armes. Telle est l'origine 
lointaine de la statistique militaire. 

Nos deux ministères militaires ne possèdent 
pas de bureau spécial de statistique. Les statis- 
tiques qu'ils élaborent et qu'ils publient sont 
préparées avec le concours de tous leurs ser- 
vices à peu près sans exception. Ces statistiques 
sont de deux sortes. Il y a : 1° celles qui sont 
fournies, chaque année, dans le projet du 
budget des dépenses, à titre de justifica- 
tion; 2 l celles qui sont l'objet de publications 
spéciales relatives à certaines catégories de 
faits. 

86. Dans le projet de budget du ministère 
de la guerre, on trouve par exemple : 1° la sta- 



ORGANISATION DE LA STATISTIQUE 



125 



tistique des effectifs avec des distinctions assez 
détaillées suivant les grades et les armes, sui- 
vant la présence au corps ou l'absence, suivant 
la destination aux colonies ou à la métropole ; 
2° la statistique des chevaux; 3° la statistique 
des fusils, des vêtements, des lits, etc. 

Les principales publications spéciales de ce 
ministère sont : 1° le Compte rendu (annuel) 
des opérations du recrutement ; 2° le Compte 
rendu (annuel) de la justice militaire ; 3° la 
Statistique médicale de l'armée (annuelle). Il y 
a des statistiques, d'ordre économique celles-là, 
que le ministère de la guerre ne publie pas, 
mais qu'il est obligé d'établir avec le plus grand 
soin, en vue de l'approvisionnement de l'armée, 
et pour lesquelles il est armé parfois de moyens 
d'investigation très rigoureux, ce sont celles des 
ressources du pays en vivres et en animaux de 
trait (.*). On sait d'ailleurs que le décret du 
27 août 1902 relatif à la statistique agricole a 
été préparé, en partie du moins, pour donner 
satisfaction aux besoins du ministère de la 
guerre. 

1 Voy. art. 37 et 52 de la loi du 3 juillet 1S77 sur les réqui- 
sitions militaires. 

4* 



CHAPITRE VIT 



87. Le projet de budget du ministère de la 
marine avec ses états annexes (l'état H notam- 
ment) nous donne lui aussi des statistiques très 
intéressantes, celle des effectifs de l'armée de 
nier, celle des bâtiments et celle des canons qui 
les arment. Parmi les statistiques spéciales du 
ministère de la marine, nous citerons : 1° la 
statistique de la justice maritime (triennale); 
2° la statistique des pêches (annuelle) ; 3° la 
statistique des inscrits maritimes, qui est com- 
muniquée au bureau de la statistique générale 
et publiée dans Y Annuaire statistique. 

Services consult tifs. 

88. Nous avons déjà signalé le comité con- 
sultatif de statistique agricole créé par le décret 
du 27 août 1902. La tâche qui lui incombe est 
à peine commencée. Nous ne savons pas encore 
comment elle sera remplie. Nous ne voulons 
parler ici que du seul organe consultatif dont 
la mission s'étende à toutes les branches de la 
statistique française. 

89. Le Conseil supérieur de statistique a été 
créé par décret du 19 février 1885 et rattaché 



ORGANISATION DE LA STATISTIQUE 



127 



au ministère du commerce. Le nombre de ses 
membres était de 37, dont 12 représentant le 
Parlement et les corps savants, et 25 délégués 
des ministères. Ses attributions sont purement 
consultatives. Il donne son avis sur les métho- 
des et sur les cadres servant à rétablissement 
de toutes nos statistiques officielles; sur les 
diverses publications existantes et sur les publi- 
cations nouvelles qu'il serait utile d'entrepren- 
dre ; sur les mesures propres à établir l'unifor- 
mité de ces publications ; sur la préparation de 
Y Annuaire statistique ; sur les propositions 
relatives à renseignement de la statistique ; sur 
les rapports à établir entre les divers services 
de statistique de France et ceux de l'étranger. 

Il a été réorganisé par deux décrets des 24 juil- 
let et 20 novembre 1893 qui ont porté le nom- 
bre de ses membres à 62 et par un arrêté du 
27 janvier 1900 qui l'a heureusement doté d'un 
comité permanent de 20 membres. Il a parti- 
cipé à tous les grands travaux de statistique 
entrepris en France depuis vingt ans. 

Si l'on parcourt le compte rendu de ses ses- 
sions (semestrielles au début, elles sont annuel- 
les maintenant), on ne peut s'empêcher de 



128 



CHAPITRE VII 



remarquer le nombre et l'importance des ques- 
tions qu'il a traitées, des propositions et des 
vœux qu'il a élaborés. Et on est aisément con- 
vaincu qu'il suffirait de puiser dans le registre 
de ses délibérations pour y trouver, toutes 
prêtes, quelques-unes des réformes nécessaires 
qu'appelle encore la statistique française. 



TABLE ALPHABÉTIQUE 



DES NOMS DAUTEURS CITÉS DANS CE LIVRE 



A 

Achenwall, 2, 11. 

B 

Beaurin-Gressier, 82. 

Bernoulli, 17. 

Bertillon (A.), 43, 54, 90. 

Bertillon (J.), 61, 79, 90. 

Beugnot, 8. 

Biragues (R. de), 103. 

Block (M.), 24, 25, 54;préf.,v. 

Buckle, 20. 

Bufîoii, 17. 

C 

Chaptal, 7. 

Cheysson, 39, 43, 54, 79, 116. 
Claude Bernard, 30. 
Golbert, 5. 



Condorcet, 17. 
Gourcelle-Seneuil, 60. 
Cournot, 20, 23,25, 51,54, 59. 

D 

Davenant, 12. 
Deparcieux, 17, 23. 
Donnant, 2. 

E 

Expilly, 18, 70. 

F 

Pénelon, 13, 14, 15. 
Fermât, 17, 23. 
Faure (Fernand), 115. 
Fourier (J.), 20, 23, 74. 
Foville (de), 25, 33, 120; 
prêt'., vu. 



130 TABLE ALPHABÉTIQUE 



G 

Gabaglio, 24, 43. 
Clœlhe, 58. 
Graurit (J.), 12. 

H 

Halley, 12, 17, 23. 
Herbert Spencer, 34. 
Herbin, 8. 

Herschel, 20, 23, 26. 
Huyghens, 17. 

J 

Jonnès (Moreau de), 9, 24, 29, 

48, 96. 

K 

Kerseboom, 17. 
King, 12. 

L 

Lxigrange, 6, 17. 
Laplace, 20, 23. 
Lavoisier, 6, 17, 18. 
Legoyt, 19. 

Levasseur, 4, 25, 29, 31, 43, 

49, 52, 54, 88, 96, 105, 123. 
Liesse, 25, 68. 

Littré, 27, 53. 
Louvois, 5. 

M 

March, 79. 



Messance, 70, 71. 
Michel Chevalier, 62. 
Mommsen, 3. 
Moreau (G.), 20. 

N 

Napoléon, 8. 

Necker, 2, 5, 6, 18, 103. 

Neufchateau (P. de), 7. 

o 

Ocagne, 73. 

P 

Pascal, 17, 23, 73. 
Pelly (W.), 12, 13. 
Peuchet, 8. 
Playfair (W.), 74. 
Poisson, 20. 

Q 

Quételet, 20, 23, 25, 26, 54. 
R 

Rœderer, 18. 

S 

Saint-Pierre (abbé de), 2, 6, 

13, 15, 18. 
Say (Léon), 14, 25, 60. 
Schlôzer, 2. 



TABLE 

Schmeitzel, 2, 11. 
Seckendorff, 11. 
Struve, 12. 
Sluart Mil], 60. 
Sully, 5. 

T 

Tarde, 25, 28, 121. 
Thiers, 96. 
Turgot, 5. 
Turquan, 88. 



ALPHABÉTIQUE ' 131 

V 

Vauban, 2, 6, 13, 14, 15, 16, 

18, 70. 
Virgilii, 24. 

W 

Wargenlin, 17. 
Witt (de), 17. 

Y 

Yvernès, 121. 



TABLE DES MATIÈRES 



Pages 

Préface v 

CHAPITRE PREMIER 

Histoire de la Statistique et des doctrines 
sur la Statistique. 

Histoire de la Statistique. — Antiquité. — Moyen-âge. 

— Temps modernes. — Révolution. — XIX e siè- 
cle. n os 1-8, 2 

Histoire des doctrines sur la Statistique. — Leur 
apparition en France, en Allemagne, en Angleterre 
aux xYi e , xvn e et xvni e siècles; leur développement 
au xixe; leur objet n os 9-15, 11 

CHAPITRE II 
Définition et objet de la Statistique. 

Définition. — Conditions essentielles d'un dénombrement. 

— Homogénéité. — Limitation dans le temps et l'es- 
pace n os 16-17, 24 

Objet. — Différentes espèces d'objet. — Leur classifica- 
tion. — Classification des différentes branches de la 
Statistique correspondant à la classification des scien- 
ces nos 18-22, 29 



134 TABLE DES MATIERES 



Pages 

CHAPITRE III 

Les données fournies par la Statistique. 

Chiffres absolus n° 24, 38 

Chiffres relatifs n° 25, 39 

Coefficients n° 26, 40 

Moyennes n° s 27-35, 42 

Grands nombres.. „ n° 36, 53 

CHAPITRE IV 
Les fonctions de la Statistique. 

A. La Statistique et lv Science n os 38-39, 56 

B. La Statistique et l'Art n° 40, 59 

C. La Statistique et le Gouvernement n° 41, 60 

D. La Statistique et les intérêts privés n° 42, 63 

Des prévisions fondées sur la Statistique n° 43, 64 

Règles essentielles de son emploi n° 43, 65 

CHAPITRE V 
Comment s'établit la Statistique. 

A. Opérations préliminaires n° 45, 67 

B. Le comptage n° 46, 69 

C. Le dépouillement n° 47, 71 

D. Expression et présentation des résultats : tableaux de 

chiffres ; diagrammes ; cartogrammes n os 48-53, 73 

Publication des documents n° 54, 79 



CHAPITRE VI 

Du rôle des particuliers et des pouvoirs publics 
dans l'établissement de la Statistique. 



A. Rôle des particuliers 

B. Rôle des pouvoirs publics, 



nos 55_57 5 82 
n°* 58-59 85 



TABLE DES MATIERES 



135 



CHAPITRE VII 

Organisation de Ix Statistique administrative 
en France. 

Pages 

A. Services publics municipaux. — La Statistique muni- 

cipale à Paris n°* 61-62, 89 

B. Services publics d'Etat. — Défauts de leur organisa- 

tion nos 63-64 92 

a) Services actifs n° GG, 95 

Ministère du Commerce n os G7-70, 96 

Ministère de l'Agriculture n os 71-75, 102 

Ministère des Finances n os 76-78, 111 

Ministère des Travaux publics n° 79, 115 

Ministère des Colonies n° 80, 117 

Ministère de l'Intérieur n° 81, 119 

Ministère des Affaires étrangères n * 82, 120 

Ministère de la Justice n° 83, 120 

Ministère de l'Instruction publique. . . n° 84, 122 
Ministère' de la Guerre et de la Marine. 

nos 85-87, 124 

b) Services consultatifs. — Le Conseil supérieur 

de Statistique.... , n°* 88-89, 126 



28,704. — Bordeaux, Y. Cadoret, impr.